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Au tribunal de la réforme des retraites

Au tribunal de la réforme des retraites

Pourquoi Emmanuel Macron fait-il de la réforme des retraites un enjeu personnel ? Certains choix politiques prennent naissance dans une névrose.

Pour équilibrer les régimes de retraite, l’État avait un levier : passer le nombre de trimestres de 160 à 176 pour percevoir une retraite intégrale. Envie de partir avant 44 ans d'activité ? Oui, mais avec une décote. Durée de cotisation + décote = outil pour sauver nos retraites. Simple ! Alors pourquoi imposer aux Français de travailler jusqu’à l'âge de 64 ans ? La réponse est à chercher ailleurs que dans les logiciels de gestion.

Pour mieux comprendre le choix de l’Élysée, voici quelques rappels.

En France, l’espérance de vie en bonne santé est de 65 ans, avec des disparités selon les classes sociales. Contrairement à l’espérance de vie qui a augmenté en cinquante ans - mais stagne voire baisse depuis 2020 -, l’espérance de vie en bonne santé reste stable depuis que l'outil statistique fut créé en 2004. Autrement dit, un·e retraité·e qui partait jusqu’ici à 62 ans avait un espoir raisonnable de profiter, trois années durant, de sa retraite en vaquant à ses activités favorites : art, voyages, sport santé, jardinage, bricolage, soin aux petits-enfants. Autant d’activités qui ont une valeur : plusieurs milliards d’euros, tant en consommation qu’en services bénévoles pour la société. Entre 62 et 65 ans, la retraite a ainsi les contours d’un revenu d’existence. Tout change à partir de 65 ans : dès que la santé se dégrade, la Sécurité sociale prend le relais.

Une fois que l’âge légal de départ à la retraite est porté à 64 ans, la durée d’une retraite en bonne santé se réduit à peau de chagrin. Chez les travailleurs du premier front - ouvriers du bâtiment, femmes de ménage, infirmières, etc. - la retraite en bonne santé disparaît : sitôt retraitée, la personne prend un aller simple pour l’Ehpad ou l'invalidité. Seuls les cadres et les professions libérales ont un sursis.

France, championne de la natalité

Par ailleurs, les études montrent que dans les rares pays où l’âge légal du départ à la retraite est retardé - jusqu’à 67 ans -, les dernières années de travail se révèlent chaotiques : temps partiels pour « tenir », arrêts de travail. Ce qui est économisé d’un côté est dépensé ailleurs, notamment par les régimes d’assurance maladie. On part à la retraite plus « cabossé » en Allemagne et en Italie, d’où les dépenses médicales en hausse. Au contraire, les pays qui gardent une souplesse sur l’âge du départ à la retraite - soit la majorité des pays européens - n’ont pas les mêmes frais de santé à subir. D'autant qu'en France, la pyramide des âges est plus équilibrée qu'ailleurs en Europe : avec 1,8 enfant par femme, les Français restent les champions de la fécondité parmi les 27 pays de l'Union européenne, devant la Roumanie.

La décision de Macron et du gouvernement de reporter l’âge légal de la retraite n’a donc rien à voir avec le « sens de l’État », encore moins avec un impératif financier. Un chiffre : aujourd'hui, les retraites représentent 13,8 % du PIB, contre 14,7 % en 2015. Et 14,3 % prévu en 2030. Soit 3 à 12 milliards d'euros par an à trouver d'ici 2030. Chiffre à comparer avec les 11 milliards d’euros de péages annuels que perçoivent les sociétés privées d'autoroutes. Ou les 90 milliards d'allègements de cotisations décidés par l'État. Ou les 160 milliards que le gouvernement met sur la table pour sa politique de l'offre. 3 à 12 milliards : pas de quoi mettre le système en péril. Mais alors, qu’ont-ils donc derrière la tête ?

Marche ou crève

Quiconque a travaillé dans l’ombre des politiques fait un constat : plus ces femmes et ces hommes grimpent dans la hiérarchie élective - du conseiller municipal au président de la république -, plus ils manifestent des capacités hors norme à travailler. Ce sont des personnes qui dorment peu - parfois moins de cinq heures par nuit -, ont un capital santé supérieur à la moyenne, absorbent de lourdes charges de travail mental, résistent mieux au cumul de fatigue, gèrent le stress avec maestria. Ces femmes et ces hommes hors norme ne comprennent pas pourquoi le commun des mortels est incapable de courir derrière eux. Dormir huit heures par nuit ? De la paresse. Tomber malade ? Une faute professionnelle. Effectuer une seule tâche à la fois ? Un handicap. Quant au doute et à l’anxiété chez tout un chacun, les politiques les voient comme les symptômes d’une débilité rampante. Ces femmes et ces hommes ont hyperconfiance en eux, ce qui leur évite de perdre du temps à se remettre en question. Or, les Formule 1 de l’humanité sont persuadées que tout le monde est doté du même moteur. Quiconque s’attarde sur le bord de la route est accusé de fainéantise, voire de lâcheté.

Un tel malentendu sur la capacité de chacun à travailler explique pourquoi Macron et consorts brandissent le totem du travail dans leurs discours. Au micro, président et ministres s’érigent en procureurs. Au tribunal d’Emmanuel Macron, condamner les gens à reprendre le turbin, puis les faire trimer jusqu’à l'os, a la force d'un jugement : celui infligé à un peuple vu comme nonchalant. Or, chaque Française, chaque Français a son propre capital de travail. Ce capital est non négociable, car inscrit dans l'identité de chacune et de chacun, selon sa biologie, sa santé, son histoire familiale, sa condition sociale, son cadre de vie, ses relations. Mais aussi la dureté physique du métier.

Mauvais perdant

Mais le malentendu entre la classe dirigeante et le reste de la population grandit depuis l’élection d’Emmanuel Macron en 2022. Pour la seconde fois en quarante ans, un président de la république tout juste élu est désavoué peu après : il n’obtient qu’une majorité relative à l’Assemblée nationale. Autant François Mitterrand négocia habilement la séquence au XXe siècle, autant Emmanuel Macron ne peut cacher sa frustration en découvrant les résultats des élections législatives : depuis juin, il suffit de lire ses tics sur les écrans. Lui qui mena la France à sa guise pendant cinq ans, jouant de ministres comme avec des pantins, réduisant les députés au rôle de figurants, se voit soudain bordé à sa droite et à sa gauche par des élus prêts à en découdre.

Que se passe-t-il dans la tête d’un homme pétri d'orgueil qui subit une forme d’impuissance après avoir tout dirigé pendant cinq ans ? Macron semble pris d’une frénésie d’initiatives, jusqu’à défendre les motards aux prises avec un futur contrôle technique ; puis les usagers entassés dans les TER de banlieue ; puis les propriétaires de jets privés ; puis les boulangers face à la hausse de l’énergie. À chaque fois, il prend un ministre à contrepied. Il tance, sermonne, harangue, se contredit, avec la rage du manager qui sent l’histoire lui échapper. Il improvise, jusqu’à qualifier la crise climatique d’ « impossible à prédire » lors de ses vœux le 31 décembre 2022. Il gesticule, se fait éruptif, au point de se fâcher avec des journalistes. Il défend la nécessaire « sécurité de la Russie » en oubliant qu'en faisant la guerre, c’est Poutine qui affaiblit sa propre armée. Il imite un certain Manuel : le sanguin Valls, locataire de Matignon de 2014 à 2016. Au fil des mois, l’activisme du président se fait de plus en plus vindicatif. L'homme semble vivre chaque jour en apnée.

Régler un compte

Et la réforme des retraites ? La première version, celle de 2017 qui consistait à inventer un système équitable pour tous, est jetée aux oubliettes. À la place, Macron hausse le ton. Le tribunal devient une arène. Le regard noir, un président boxe le peuple avec « la retraite à 65 ans ». Ce coup de poing symbolique au visage des Français n’a aucun fondement économique - lire ci-dessous La réforme des retraites au banc d’essai. Il prend sa source dans une amertume qu’éprouve très certainement le président de la république depuis juin 2022. Ressentiment qu'avec de la franchise il pourrait résumer ainsi : à cause de 60 millions d’ingrats, je ne maîtrise plus mon aura.

Dès lors, les réformes mises en œuvre à partir du 1er septembre 2022 montrent leur vrai visage : il s'agit de régler un compte avec les Françaises et les Français. Vous ne m’aimez plus ? Moi non plus : moins de chômage, même si vous êtes licenciés ; moins de retraite, même si vous êtes épuisés. Le travail devient forcé. Le peuple doit être rossé.

Ce rapport violent entre un président et la majorité des Français n’a fait l’objet d’aucune recherche jusqu'à ce jour. Pourtant, les postures et la gestuelle d’un président, en public et en coulisses, parlent autant que ses mots. Submergé par la colère, Emmanuel Macron entraîne ses fidèles soutiens - Borne, Dussopt… - dans une dérive d’État où les incantations remplacent la science. Tel un gourou, il fait de ses vassaux des êtres dociles et hagards. Olivier Véran ne va-t-il pas jusqu'à annoncer le 2 mars une « catastrophe écologique, agricole, sanitaire » en cas de grèves ? Ainsi, la névrose d’un homme devient celle de tout un gouvernement, puis d’un groupe parlementaire.

L'article 49.3 de la Constitution, brandi le 16 mars, vient parachever le processus : point d’orgue d’un psychodrame où le président de la République, dans son costume de Père Fouettard, jouit en secret de sa propre surenchère, allant jusqu’à remplacer « les manifestants » par « les meutes » lors d’un discours le 21 mars devant les députés.

Plus le temps passe, plus Emmanuel Macron réunit son fan-club - celui des riches et des classes moyennes supérieures - pour humilier le reste des Français. En « clivant » ainsi la société française, un président de la république prend un risque : en 2027, sa rancœur pourrait accoucher d’un monstre politique. Dans les couloirs de certains partis, des candidats se frottent les mains.

Emmanuel Macron, géniteur plus ou moins conscient de l’extrême-droite en France ? En Russie comme en France, après moi le déluge est une manière comme une autre de conclure sa carrière politique, dès lors que se referment les portes du pouvoir.

Tristes présidents.

Dominique Canard     

* Les sources d'information de cet article, avec leurs liens, figurent au bas de cette page.

Macron veut réformer les retraites
et tant pis pour ses contradictions :


En 2017 : il serait « hypocrite » d’allonger l’âge de départ à la retraite. « Je ne propose pas de décaler l’âge de départ à la retraite, ce n’est pas juste. Et les sacrifiés, ce sont ceux qui ont aujourd’hui autour de 60 ans ».

24 avril 2019 : « tant qu’on n’a pas réglé le problème du chômage dans notre pays, franchement, ce serait assez hypocrite de décaler l’âge légal. (…) Après 55 ans, les gens vous disent : “Les emplois, c’est plus bon pour vous.” C’est ça la réalité, c’est le combat qu’on mène. On doit d’abord gagner ce combat avant d’aller expliquer aux gens “mes bons amis travaillez plus longtemps” »

12 avril 2022, entre les deux tours de l’élection présidentielle : « à Denain, l’une des villes les plus pauvres du nord de la France, le président, chahuté, presque ému par des ouvriers inquiets, amorce un recul. Il se dit prêt à discuter "du rythme et des bornes" de sa réforme. Voilà que l’âge de 65 ans n’est plus un totem », écrit la journaliste Claire Gatinois dans Le Monde du 19 janvier 2023.

Une fois réélu, Macron sort un nouvel argument : le report de l’âge du départ à la retraite « doit servir à financer notre modèle social, nos écoles, nos hôpitaux ». Devant l’énormité du propos, Elisabeth Borne et Olivier Dussopt sont contraints de le démentir. Ce dernier affirme que « pas 1 euro des cotisations retraites ne servira à financer autre chose que les retraites ».

26 octobre 2022 : « il n’y a qu’un moyen de faire, si on est lucide, c’est de travailler plus longtemps ». Bien qu’« ouvert » aux requêtes des partenaires sociaux tendant à assouplir sa copie, il « n’y a aucune hypothèse de travail où l’on peut s’arrêter à 63 ans à horizon de ce quinquennat ». Le propos est si confus que l'on se perd en conjectures. Finalement, ce sera 63 ans en 2027 et 64 ans en 2030.

« Emmanuel Macron est une girouette », commente le sénateur LR Bruno Retailleau le 17 janvier sur Europe 1. Ou un homme aux abois ?

La réforme des retraites 2023
au banc d’essai


La loi qui va reporter l’âge légal de départ à la retraite de 62 à 64 ans s’appuie sur un rapport de trois cents pages que le Comité d’orientation des retraites a publié en septembre 2022. Il présente quatre scénarios, lesquels se basent sur un taux de chômage à 7 % dans les dix années à venir. Il anticipe aussi une hausse de la productivité, de 0,7 % à 1,6 % selon les cas.

L'étude du COR montre que la période délicate à gérer sera 2025-2032 : celle qui correspond au nombre maximal de baby-boomers à la retraite. Après 2032, les dépenses du système de retraite seront à la baisse dès lors que le taux de chômage est inférieur ou égal à 7 %. D’où la conclusion de Pierre-Louis Bras, président du COR : « les dépenses de retraites ne dérapent pas, elles sont relativement maîtrisées ».

Dans trois scénarios sur quatre, le régime des retraites redeviendra bénéficiaire, soit en 2030, soit en 2040, soit en 2050. En économie comme en démographie, le COR s’appuie sur des chiffres pessimistes pour décrire la situation à venir. Si l’on « mouline » l’ensemble des paramètres, le COR aurait dû travailler sur 108 scénarios différents, et surtout tenir compte des dernières statistiques : hausse de la mortalité, baisse du chômage, remontée du taux d’actifs due à la politique de relance et au renfort de personnes qualifiées venues de l'étranger (médecins, chauffeurs d'autobus, etc.).

Ainsi, économistes et démographes estiment que le régime des retraites redeviendra bénéficiaire au début des années 2030. L’objectif d'une réforme est donc de gérer sept années de déficit entre 2025 et 2032, et non de faire face à une crise majeure et durable du système. Comment faire ? Sûrement pas en instaurant une retraite unilatérale à 64 ans. Mais en prenant trois mesures pour les dix années à venir : demander un léger effort aux plus hautes retraites, supprimer le plafonnement des cotisations pour les hauts salaires, augmenter de quatre le nombre de trimestres à cotiser pour obtenir une retraite à taux plein.

En réalité, une réforme des retraites est nécessaire tous les cinq ans pour s’adapter aux derniers chiffres de l'économie et de la démographie. Alors pourquoi choisir le coup de massue tel qu’une retraite obligatoire à 64 ans ? La réponse figure dans l’étude d’impact sur le projet de loi publiée le 23 janvier 2023 : la réforme « permettra d’économiser 6,2 milliards d’euros en 2027 et 11,8 milliards d’euros en 2030 ». Ces économies réalisées sur le dos des travailleurs serviront, non pas à éponger un déficit, mais à remplir les caisses de l’État qui fait face à de gigantesques chantiers : investir dans le nucléaire, colmater les brèches à l’hôpital, renforcer les stocks d’armes, etc.

Conclusion : les actifs qui partiront malgré eux à la retraite à 64 ans cotiseront davantage, non pour « sauver les caisses de retraite » et le système par répartition, mais pour pallier les erreurs et les errances de l’État depuis cinquante ans. Les femmes, les précaires, les personnes qui ont subi le chômage au cours de leur vie active, bref, la majorité des cotisants que brutalise le projet de loi de Macron, savent désormais pourquoi ils servent de variable d’ajustement.

Alors, quand Elisabeth Borne, premier ministre, affirme : « Aucun scénario du COR ne prévoit un retour à l’équilibre d’ici 2030. On parle d’un déficit qui va être là année après année. C’est 150 milliards d’euros sur les dix prochaines années. », soit elle est mal informée, soit elle ment. Idem pour Bruno Le Maire, ministre de l’économie et des finances : « Au bout du compte, c’est l’effondrement du régime des retraites par répartition ». Ah, le sens de la dramatisation pour gouverner à tribord !

Pour mémoire, en 2004 le premier ministre Jean-Pierre Raffarin institua une « journée nationale de solidarité » au bénéfice des personnes âgées et handicapées, après la grande canicule de l'été 2003 qui fit quinze mille morts. Soit une journée de travail non rémunérée le jour de la Pentecôte. La mesure fut amendée en 2008. Dans le même esprit, ne serait-il pas plus simple et plus direct d'annoncer la couleur : « Vous allez travailler deux années de plus pour financer la remise en état du pays », mais aussi son adaptation aux crises à venir ? Plutôt que des leçons de morale, les leaders politiques favorables à la réforme des retraite prendraient de la hauteur s'ils portaient enfin le débat au bon endroit.

Sources d'information :

Réforme des retraites : comprendre la bataille de chiffres autour des prévisions du Conseil d'orientation des retraites (COR) : article de Romain Imbach et Romain Geoffroy pulbié dans Le Monde du 13 février 2023.

L'incertitude est au cœur de la projection du Conseil d'orientation des retraites : tribune d'Hervé Le Bras, démographe, dans Le Monde du 15 février 2023.

Dix versions de l’État
sur la retraite minimale à 1 200 € par mois :


« Pour une retraite minimale à 1 100 euros pour tous grâce au décalage progressif de l’âge légal de départ à la retraite à 65 ans. » : Emmanuel Macron dans son programme électoral avant le second tour des élections présidentielles le 24 avril 2022.

« L'objectif est qu’avec une carrière complète, personne ne parte en retraite avec moins de 1 200 euros net par mois, soit 85 % du Smic. » Franck Riester, ministre des relations avec le Parlement, le 9 décembre 2022 dans le journal Sud-Ouest.

« Les modalités de revalorisation des petites pensions font que les 1 200 € brut seront plutôt pour des gens qui auront travaillé à temps plein l'essentiel de leur vie. » Olivier Dussopt, ministre du travail, le 10 janvier 2023 sur BFM-TV.

« Les salariés et les indépendants qui ont cotisé toute leur vie avec des revenus autour du smic partiront désormais avec une pension de 85 % du smic net, soit une augmentation de 100 euros par mois. C’est près de 1 200 euros par mois dès cette année. » Elisabeth Borne, première ministre, le 10 janvier 2023 lors de la présentation de la réforme.

« Ce n'est pas simplement les nouveaux retraités, c'est tous les retraités à partir du mois de septembre qui vont pouvoir avoir droit à ces 1 200 euros de retraite brut, 85 % du smic net. » Bruno Le Maire, ministre de l'économie, le 11 janvier 2023 sur France 2.

« Deux millions de retraités actuels qui ont une retraite inférieure à 1 200 euros verront leur retraite majorée à 1 200 euros brut par mois. » Olivier Véran, porte-parole du gouvernement, le 11 janvier 2023 sur France Info.

« Il y a des inégalités très importantes dans la retraite entre les femmes et les hommes. C'est aussi pour ça que nous mettons un plancher à 1 200 euros. » Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’économie sociale et solidaire, le 28 janvier 2023 sur France Info.

« Nous avons voulu garantir une retraite minimale à 1 200 euros pour ceux qui ont les niveaux de retraite les plus faibles. » Bruno Le Maire, ministre de l'économie, le 2 février 2023 sur LCI.

« La retraite minimum était initialement dans le projet qu’on avait conçu. Réservée aux nouveaux entrants dans le système de retraite, elle concernera tous les Français. » Stanislas Guerini, ministre de la transformation et de la fonction publique, le 9 février 2023 sur CNews.

« 40 000 personnes de plus chaque année passeront le cap des 85 % du smic grâce à cette seule réforme. » Olivier Dussopt, ministre du travail, le 15 février 2023 sur France Inter.

Au final, seuls 10 000 à 20 000 personnes verront leur pension revalorisée à 1 200 € par mois à la suite de cette « mesure sociale », selon le ministère du travail le 28 février 2023. Soit 2,5 % des futurs retraités. Et moins de 1,5 % des retraités actuels.

Sources d’informations :

Comment le gouvernement a laissé penser qu’il créerait une pension minimale à 1200 euros par mois. Article de Assma Maad et Romain Geoffroy dans Le Monde du 3 mars 2023.

Une revalorisation des petites pensions à 1 200 euros pour moins de 1,5 % des retraités actuels. Article de Romain Imbach dans Le Monde du 6 mars 2023, graphiques à l'appui.

Réforme des retraites et démographie :
les intox de l’État


Selon l’État, le report de l’âge légal de départ à la retraite, de 62 à 64 ans, est nécessaire car l’espérance de vie augmente et la mortalité baisse. L’État s’appuie sur les courbes démographiques depuis 1970 pour écrire l'avenir. Or, tout est faux :

D’une part, l’espérance de vie tend à stagner voire à baisser depuis trois ans. Pandémies, canicules, obésité, tabagisme : plusieurs facteurs mettent les organismes à rude épreuve.

D’autre part, la baisse de la mortalité est désormais derrière nous. Crise de l’hôpital, désordres climatiques, sédentarité : là aussi, plusieurs facteurs accélèrent le chemin vers la mort pour nombre de séniors.

Enfin, l’immigration devenue nécessaire pour attirer des compétences dans les métiers en tension - dans un contexte où la main-d’œuvre va de plus en plus faire défaut - entraînera une hausse des cotisations retraite chez les actifs.

Déshabillée de ses alibis, la réforme des retraites de 2023 apparaît comme un mépris de classe de la part de Macron et de ses affidés : de LR au Modem, en passant par Renaissance et Horizons. Une réforme des retraite bâtie sur des fantasmes : jamais la classe politique française n’a autant manqué de culture scientifique pour analyser le réel, puis gouverner le pays.

* Source d’information : interview du démographe Hervé Le Bras dans Le Monde du 4 février 2023.

Économie :
l’impact de la réforme des retraites


À hauteur d’hommes, nous sommes convaincus que la Terre est plate. Sauf si nous avons pris la peine de consulter les données scientifiques.

À hauteur de Macron, la réforme des retraites aura un impact bénéfique sur l’économie française. Selon lui, la réforme générera de la croissance, vite et beaucoup. Faux, répondent en chœur la Direction générale du trésor (ministère de l’économie et des finances) et l’Observatoire français des conjonctures économiques. Lesquels s’appuient sur la précédente réforme des retraites en 2010, celle qui a repoussé l’âge légal de départ de 60 à 62 ans :

La réforme des retraites entraîne à court terme une (petite) baisse des dépenses publiques et une (petite) hausse du taux d’emploi des séniors. Elle se traduit surtout par une hausse du chômage (+ 0,7 point à dix ans), une pression à la baisse sur les salaires, une augmentation très faible du produit intérieur brut (+ 0,3 point à dix ans), ainsi qu’une légère amélioration des comptes publics (+ 0,4 point de PIB). En 2010, la réforme des retraites participa à une hausse du chômage et à une croissance faible entre 2010 et 2018.

La réforme des retraites de 2010 a montré par ailleurs qu’un report de l’âge de départ entraîne un allongement de la durée de précarité entre l’emploi et la retraite. Ainsi, la hausse de l’emploi de 300 000 séniors a pour ricochet une hausse du nombre de séniors « sans emploi ni retraite » de l’ordre de 200 000. Ainsi, 100 000 séniors basculent dans les minimas sociaux (RSA, ASS, AAH), et 80 000 dans le régime d’assurance chômage.

Mais comme les députés ont reçu du gouvernement un dossier de presse expurgé des données gênantes, les pions de Macron et de Borne à l’Assemblée nationale s’apprêtent à voter une loi négative pour l’économie française, le doigt sur la couture du pantalon.

* Source d’information : « L’absence volontaire d’éléments chiffrés de la réforme des retraites empêche le Parlement de délibérer en connaissance de cause ». Analyse de Michaël Zemmour, économiste, dans Le Monde du 2 février 2023.

Les Français et le travail


Plusieurs enquêtes menées ces dernières années montrent que les Français ont une forte attente envers le travail : ils aspirent à exercer un métier intéressant, à nouer des relations sociales, à gagner correctement leur vie. Loin du cliché du Français flemmard que Macron, Philippe, Le Maire, Borne et consorts colportent, cravache à la main.

Mais en parallèle, les enquêtes françaises et européennes montrent à quel point les Français sont déçus par leurs conditions de travail, bien plus que la moyenne des pays européens.

Ainsi :

Pour 43 % des Français, leur emploi implique de déplacer des charges lourdes, contre moins de 30 % aux Pays-Bas et 35 % en Europe. Pour 57 %, il impose des positions douloureuses ou fatigantes, contre 43 % en Allemagne et 50 % en Europe. « Ces résultats récurrents rendent d’autant plus incompréhensible la décision prise par le gouvernement d’Emmanuel Macron en 2017 de supprimer quatre des dix critères de pénibilité – dont le port de charges lourdes et les postures pénibles – au motif que le seuil d’exposition serait inquantifiable » écrit la sociologue Dominique Méda dans Le Monde du 28 janvier 2023.

Les effets sur la santé d’une exposition à des facteurs de pénibilité sont désormais documentés. Exemple : « La retraite : un événement protecteur pour la santé de tous », une étude de Thomas Barnay, Eric Defebvre et Liepp Policy Brief citée par l’économiste Michaël Zemmour dans Le Monde du 2 février 2023. En partant plus tard à la retraite, les Français voient leur santé se dégrader plus vite.

45 % des Français trouvent qu’ils sont « bien payés » pour les efforts qu’ils fournissent et le travail qu’ils font, contre 68 % des Allemands et 58 % des Européens.

En France, l’organisation du travail se caractérise par une autonomie et une participation plus faibles qu’ailleurs en Europe : « Ici, on est des pions », « Nous, les ouvriers, on ne nous demande jamais…  », « Comment voulez-vous que mon manageur me reconnaisse puisqu’il ne connaît pas mon travail ? » sont des phrases qui reviennent souvent dans les enquêtes de terrain. Les salariés ont peu d’influence sur leur travail et les décisions de leur entreprise. Alors que dans les pays d’Europe du nord, les organisations du travail sont dites « apprenantes » et sont davantage soucieuses du bien-être au travail.

La France se classe 28e pays sur 36 sur le critère de la qualité de vie au travail. Enquête réalisée auprès de 72 000 travailleurs dans l'Union européenne + 9 pays voisins (Royaume-Uni, Norvège, Suisse...). 5 % des salariés de l’Hexagone considèrent leurs conditions de travail comme extrêmement contraintes. 11 % les caractérisent comme fortement tendues, 22 % comme plutôt tendues.

Le travail est de plus en plus stressant : selon les enquêtes de la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) du ministère du travail, entre 1984 et 2019, la proportion de salariés dont le rythme de travail est imposé par « des normes ou des délais en une heure au plus » est passée de 5 % à 23 % ; celle des travailleurs dont le rythme dépend d’une « demande extérieure exigeant une réponse immédiate » est passée de 28 % à 55 %.

Après 60 ans, la moitié des ouvriers et des employés doutent que leur état de santé leur permette, à horizon de deux ans, de poursuivre leur travail actuel. Divers travaux scientifiques montrent que ces doutes sont fondés et laissent présager la survenue d’incapacités. Avec des risques sérieux de perte d’emploi et d’une longue période de chômage.

Les séniors de la deuxième ligne - ouvriers, agriculteurs, manutentionnaires, caissiers, agents de nettoyage, aides à domicile, boulangers... - sont nettement plus nombreux à être ni en emploi ni en retraite (26 % contre 15 % pour l'ensemble de séniors entre 50 et 64 ans), situation associée à un fort risque de pauvreté.

Sources d'information :

Fédération européenne pour l'amélioration des conditions de vie et de travail - Eurofound.

Rendre le travail soutenable est un préalable indispensable à toute réforme des retraites. Analyse de la sociologue Dominique Méda publiée dans Le Monde du 28 janvier 2023.

Les Français ont au moins trois bonnes raisons d'afficher leur hostilité à la perspective de travailler jusqu'à l'âge de 64 ans. Tribune de Tribune de François Desriaux, rédacteur-en-chef du magazine Santé et travail publiée dans Le Monde du 10 février 2023.

Des salariés vieillissants à bout de souffle. Article de François Desriaux dans Santé et travail du 18 janvier 2023.

Les seniors de la deuxième ligne sont plus nombreux à être ni en emploi ni en retraite que les autres salariés. Tribune de Christine Erhel, éconmiste, dans Le Monde du 10 février 2023.

Triste chronique


Face à une montagne de données scientifiques qui démontrent l’injustice et l’inefficacité de la réforme des retraites version 2023, un journaliste du Monde adopte la posture du pessimiste : Stéphane Lauer. Dans sa chronique du 20 février 2023, celui-ci balaie l’expertise des démographes et des économistes :

« La pérennité du système ne peut reposer sur un optimisme fragile qui ne sert qu’à fabriquer du consensus sur le court terme, tout en laissant aux générations suivantes le fardeau de résoudre la quadrature du cercle. Imaginer que la productivité du travail continuera à progresser à un rythme suffisant, que le plein-emploi est pour demain, que l’immigration réussira à compenser le vieillissement démographique, que l’évolution du rapport entre actifs et retraités finira par se stabiliser : toutes ces hypothèses sont du domaine du possible, mais pas du probable. »

Dans la foulée, il reproche aux Français de ne rien comprendre au système de répartition : « L’immense majorité raisonne comme si nous nous situions dans un système par capitalisation. » La piroutte lui permet de rebondir sur le cœur de son propos : pour un futur régime de retraite par capitalisation. Avec celui-ci, chacun cotise selon ses revenus auprès d'assureurs privés. Au cours de leur carrière, les riches engrangent davantage de points-retraite que les pauvres, mettant fin à toute solidarité : « II va bien falloir parallèlement cotiser individuellement pour compléter ce système. », insiste Stéphane Lauer.

Enfin, le journaliste donne la parole aux plus conservateurs des politologues, ceux qui sont habités par un pessimisme chronique : « Les réformes tendent à mobiliser les mêmes leviers, qui se révèlent de moins en moins efficaces du fait de la faiblesse de la croissance attendue et de tendances démographiques défavorables, estime Najat El Mekkaoui, chercheuse à l’université Paris-Dauphine. Il faut dès à présent réfléchir à d’autres formes de financement. » On notera au passage la valeur scientifique du mot estime, ainsi qu'une indifférence face à la rudesse de certains métiers. Stéphane Lauer a-t-il lu l'article de ses deux collègues Aline Leclerc et Romain Geoffroy sur les ouvriers qui travaillent dans les égouts ? Certaines chroniques font froid dans le dos.

Chronique de Stéphane Lauer publiée dans Le Monde du 20 février 2023.

Point d'orgue


Dans Le Monde du 22 mai 2023, l'économiste Jean Pisani-Ferry reproche à l'État de ne pas avoir dit la vérité sur le véritable motif du report du départ à la retraite de 62 à 64 ans. En une phrase, l'économiste conforte ce qu'un Canard Enchanté écrit depuis le mois de mars : les économies réalisées serviront à financer l'urgence climatique, sécuritaire, éducative. Extrait de l'interview que Jean Pisani-Ferry a accordée à Audrey Tonnelier, journaliste au Monde :

« Le gouvernement a commis une erreur en se refusant à dire que la réforme des retraites visait à générer des ressources pour financer des besoins d’investissement pour le climat, l’éducation, la défense. L’opinion française a conscience de la gravité du défi climatique. On peut entraîner les citoyens, mais il faut un plan à l’échelle du problème, et dans lequel les efforts sont bien partagés. »

Faut-il qu'Emmanuel Macron et son gouvernement ait si peu d'estime envers les Françaises et les Français pour avoir ainsi noyé le poisson, des mois durant ?

Jean Pisani-Ferry : « Nous préconisons un impôt exceptionnel sur le patrimoine financier des plus aisés pour la transition climatique ». Interview donnée par l'économiste au journal Le Monde le 22 mai 2023.

Articles ayant inspiré cette chronique,
avec leurs liens :


Qu'est-ce que l'espérance de vie en bonne santé ? Article de William Audureau paru dans Le Monde du 15 avril 2022.

"Qui aurait pu prédire la crise climatique ?" Macron accusé de déconnexion sur l'écologie : article de Mathieu Goar publié dans Le Monde du 3 janvier. Extrait des propos d'Emmanuel Macron lors de ses vœux le 31 décembre 2022 : « Qui aurait pu prédire la vague d’inflation, ainsi déclenchée ? Ou la crise climatique aux effets spectaculaires encore cet été dans notre pays ? »

Réforme des retraites : "et si nous laissions aux Français le choix de leur départ, entre 62 et 67 ans ?" Tribune de Nicolas Moreau et Elena Stancanelli, économistes, publiée dans Le Monde du 6 janvier 2023.

Réforme des retraites : le système français, "démultiplicateur des inégalités du marché du travail" : interview de Bruno Palier, directeur de recherche du CNRS à Sciences Po et auteur de Réformer les retraites (Presses de Sciences Po, 2021), par Jean-Philippe Lelief. Le Monde du 11 janvier 2023.

Quelles sont les premières victimes des inégalités entre les retraites ? Article de Mathilde Damgé paru dans Le Monde du 14 janvier 2023.

Réforme des retraites : ces quinquagénaires qui n'arrivent pas à s'imaginer travailler jusqu'à 64 ans : article de Marie Slavicek paru dans Le Monde du 15 janvier 2023.

Réforme des retraites : "Le vrai débat n’est pas l’âge de départ, mais la durée de vie après la carrière" : tribune de Sébastien Crozier dans Le Monde du 17 janvier 2023. Sébastien Crozier est président de la Confédération française de l’encadrement - Confédération générale des cadres Orange, premier syndicat du groupe de télécommunications.

Extrait : « Le compte pénibilité de 2014, qui permettait de déclarer une dizaine de facteurs de risque, travail de nuit, bruit et températures extrêmes, s’est vu amputé, en 2017, de quatre facteurs permettant de valider des trimestres pour partir plus tôt. Que l’on ait ou non pratiqué la manutention de charges, subi des postures pénibles, des vibrations mécaniques et des agents chimiques dangereux, cela ne change désormais plus rien à l’âge de départ. »

Fédondité : pourquoi la France reste une bonne élève en Europe : article de Solène Cordier publié dans Le Monde du 17 janvier 2023.

Des salariés vieillissants à bout de souffle. Article de François Desriaux dans Santé et travail du 18 janvier 2023.

Réforme des retraites : "Vous vivez plus longtemps ? j’en suis fort aise. Eh bien ! travaillez plus longtemps maintenant." : tribune de Nicolas Postel, économiste, dans Le Monde du 19 janvier 2023.

Emmanuel Macron et les zigzags de la réforme des retraites : analyse de Claire Gatinois dans Le Monde du 19 janvier 2023.

Le rapport qui voulait fracasser les péages autoroutiers : article de Clara Bamberger dans Le Canard Enchaîné du 25 janvier 2023.

"Rendre le travail soutenable est un préalable indispensable à toute réforme des retraites". Analyse de la sociologue Dominique Méda publiée dans Le Monde du 28 janvier 2023.

"L’absence volontaire d’éléments chiffrés de la réforme des retraites empêche le Parlement de délibérer en connaissance de cause". Analyse de Michaël Zemmour, économiste, dans Le Monde du 2 février 2023.

Interview du démographe Hervé Le Bras dans Le Monde du 4 février 2023.

"Les Français ont au moins trois bonnes raisons d'afficher leur hostilité à la perspective de travailler jusqu'à l'âge de 64 ans". Tribune de Tribune de François Desriaux, rédacteur-en-chef du magazine Santé et travail publiée dans Le Monde du 10 février 2023.

"Les seniors de la deuxième ligne sont plus nombreux à être ni en emploi ni en retraite que les autres salariés". Tribune de Christine Erhel, économiste, dans Le Monde du 10 février 2023.

Réforme des retraites : comprendre la bataille de chiffres autour des prévisions du Conseil d'orientation des retraites (COR) : article de Romain Imbach et Romain Geoffroy pulbié dans Le Monde du 13 février 2023.

"L'incertitude est au cœur de la projection du Conseil d'orientation des retraites" : tribune d'Hervé Le Bras, démographe, dans Le Monde du 15 février 2023.

"La réforme des retraites oublie les promesses du confinement" : analyse d'Aline Leclerc dans Le Monde du 16 février 2023.

Extraits : « Le 13 avril 2020, alors que la France vit son premier confinement, le président de la République braque soudain les projecteurs sur une catégorie de la population jusqu’ici invisible : ceux qu’il nomme, dans un discours télévisé, les travailleurs "de la deuxième ligne". » Soit « 4,6 millions de travailleurs : aides à domicile, agents d’entretien, manutentionnaires, ouvriers du BTP, de l’agroalimentaire, salariés de la grande distribution, du déchet… » (…)

« Dans ce but, à la fin 2020, le gouvernement confie à Christine Erhel, directrice du centre d’études de l’emploi et du travail du Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), et Sophie Moreau-Follenfant, ex-DRH chez Derichebourg, aujourd’hui au directoire de RTE, une mission "pour la revalorisation des métiers de la deuxième ligne" ». Qu’a fait l’Etat depuis 2020 ? Rien. « "On leur a promis une reconnaissance qui n’est jamais arrivée. Et, tout à coup, on leur dit : vous allez travailler deux ans de plus. Cela ne peut pas marcher !", insiste le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, le 6 février 2023, dans La Croix. »

"Loin de solder les problèmes, chaque réforme ne fait que révéler un peu plus l'impasse de notre système" : chronique de Stpéhane Lauer dans Le Monde du 20 février 2023.

"Tu casses ton dos, tes reins, tes bras, tout ! Mais ça n'est pas considéré comme un métier pénible" : article d'Aline Leclerc et Romain Geoffroy dans Le Monde du 21 février 2023. Bienvenue parmi les éclopés du travail : troubles musculo-squelettiques et doubles hernies discales.

"Le climat, un angle mort de la réforme des retraites". Chronique de Rémi Barroux dans Le Monde du 26 février 2023.

Extraits : « Dans un rapport de 2018, l’Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) s’était penchée sur "l’évaluation des risques induits par le changement climatique sur la santé des travailleurs". L’environnement du travail sera profondément modifié, "en cause la hausse des températures, l’évolution de l’environnement biologique et chimique, et la modification de la fréquence et de l’intensité de certains aléas climatiques". Cette analyse de l’Anses sur l’accroissement de la pénibilité au travail fait ainsi écho aux débats actuels sur la réforme.

« Dans un rapport de décembre 2022, l’Organisation internationale du travail avançait même la "retraite anticipée" parmi les solutions pour prendre en compte les évolutions climatiques et avancer pour une "transition juste". Soit à l’opposé de l’objectif de travailler plus longtemps soutenu dans la réforme. » Le prochain rapport du Comité d’orientation des retraites, prévu en juin 2023, « espère » introduire cette problématique.

"Réforme des retraites : le chômage des seniors, angle mort du débat public". Article de Bertrand Bissuel dans Le Monde du 3 mars 2023. Dans cet article figure une étude de l’Unédic du 1er mars qui corrobore deux expertises ministérielles présentées au Conseil d’orientation des retraites.

Extrait : « L’une indique que le décalage de l’âge légal de départ de 62 à 64 ans "se traduirait" par une hausse de "près de 84 000" du nombre de bénéficiaires de l’allocation-chômage, "dont près de 60 000" auraient 62 et 63 ans. L’autre montre qu’une telle mesure d’âge pourrait faire basculer davantage de personnes vers les minima sociaux : + 30 000 pour ce qui est du revenu de solidarité active et + 30 000, également, s’agissant de l’allocation de solidarité spécifique attribuée aux chômeurs en fin de droit – cette évolution étant très concentrée sur les tranches d’âge situées après 60 ans. »

En résumé, la réforme des retraites provoquera une hausse massive du chômage des séniors.

Réforme des retraites : les travailleurs « perdants » oubliés par Olivier Dussopt. Article de Romain Imbach, Romain Geoffroy et Léa Sanchez dans Le Monde du 9 mars 2023.

Réformes des retraites : de nouvelles difficultés annoncées en fin de carrière . Chronique d'Anne Rodier dans Le Monde du 22 mars 2023.

Extrait : « Présenté jeudi 16 mars à Montrouge (Hauts-de-Seine) par une dizaine d’agents de la direction générale de l’Insee, ce recueil officieux est le produit d’un collectif de cinquante statisticiens, chargés d’études et mathématiciens de la fonction publique. Leurs conclusions annoncent une aggravation des difficultés en fin de carrière (...).

« La réforme [des retraites] de 2010, qui avait reporté l’âge de départ de 60 à 62 ans, s’était accompagnée d’une hausse du nombre d’arrêts maladie après 60 ans : "Ces arrêts maladie qui se substituent à la retraite représentent un surcoût annuel de 68 millions d’euros pour l’Assurance-maladie", alerte l'étude. »

Sur la réforme des retraites, la stratégie de la postvérité économique et sociale du gouvernement est un échec. Tribune de Philippe Askenazy, économiste au Centre Maurice-Halbwachs (ENS/CNRS/EHESS) dans Le Monde du 22 mars 2023.

Extrait : « La présentation par la première ministre, en janvier, de la réforme voulue par le président de la République signait un surprenant basculement du macronisme. Alors que l’on pouvait jusqu’alors l’assimiler à une méthode de gouvernement éclairé dépassant les idéologies, la présentation de la réforme a joué sur plusieurs vérités alternatives (...) Les interventions successives des membres du gouvernement sur les chiffres aléatoires des gagnants de la réforme, notamment des fameux 1 200 euros, ont confirmé la nouvelle stratégie du pouvoir : une postvérité économique et sociale.

« Deux mois après, un constat s’impose : cette stratégie – qu’étrangement l’exécutif n’a pas encore abandonnée – est en échec. Un échec qui est aussi une forme de succès de la science. Les interventions d’universitaires ont permis d’éclairer les débats en démontant l’argumentaire de l’exécutif, en explicitant les conséquences des mesures contenues dans le projet de loi ou en comparant le système français à ceux prévalant à l’étranger. Mieux encore, des outils autrefois cantonnés au monde des experts ont surgi sur la place publique. C’est notamment le cas de l’espérance de vie en bonne santé, qui permet de mettre en lumière les gradients sociaux et donc en quoi reculer l’âge minimal de liquidation des pensions est mécaniquement inégalitaire. »

Le mouvement social actuel est en train d’avoir des conséquences bien pires sur le pouvoir en place que le mouvement des gilets jaunes. Tribune d'Antoine Bristielle, professeur de sciences sociales, dans Le Monde du 14 avril 2023. Tribune publiée après la mise en ligne de notre article sur la réforme des retraites.

Extrait : « les dynamiques électorales qui s’enclenchent dans les crises se retrouvent immanquablement dans les urnes aux élections suivantes. »

Que sait-on du travail ? Derrière la prétendue flemmingite, une pandémie de conditions de travail dégradées. Article de Jules Thomas publié dans Le Monde du 19 juin 2023. On y lit par exemple que la pénibilité physique et psychique du travail reste forte dans l’Hexagone : quand 7 % des Danois et 30 % des Européens disent souffrir d’anxiété à cause du travail, c’est le cas d’un Français sur deux. Article publié après la mise en ligne de cette page.

Accès au site du Conseil d'orientation des retraites et à ses études.

* Photographie : Le mauvais sentier, peinture de Louis Janmot photographiée lors d'une exposition au musée des beaux-arts de Lyon en 2022.