< Retour
Booking, boulevard du crime

Booking, boulevard du crime

Ce week-end il fait soleil. Escapade à la mer ou en montagne ? Vite surfons sur Booking, Expedia, Airbnb. À son insu, l'Internaute tient l'arme du crime. Et si tourisme rimait avec civisme ?

"Plus que de deux chambres disponibles !" "Quelqu’un d’autre est en train de réserver"… Fébrile, l’Internaute achète sur Booking ce qu’il imagine être l’affaire du siècle. En réalité, un pigeon vient de tomber dans un piège : le marketing d’impulsion. Si le candidat aux vacances avait appelé l’hôtel pour la même prestation, la note aurait été plus légère. Et la relation avec l’hôtelier tellement plus souriante.

Derrière les photos de rêve, le tourisme en ligne est une scène de crime. La bande à Booking se place en tête des résultats sur les moteurs de recherche. Elle escamote l'hôtelier qui se débat sur le web avec un site artisanal. Elle impose une commission de 20 % au commerçant. Elle joue au yoyo avec les avis, les prix, les classements. Et surtout, elle amasse une montagne de profits sur le dos de l’hôtelier.

Car une fois que celui-ci a signé avec Booking, c'est l'enfer. Oublié, le conseil au téléphone pour que le touriste trouve la prestation adaptée à son besoin. Refermé, le livre d’or posé sur la table puisque seuls comptent les avis postés sur le web. Impossible de refuser un client indésirable. Si l’hôtelier souhaite répondre à un avis négatif sur Booking, il faut payer.

En France, 90 % des hôteliers se résolvent, le cœur lourd, à entrer leurs chambres sur Booking. Un vampire 3.0 avale le nom de l’établissement. Aussitôt, il le double sur Google, même si l’hôtel a son propre site de réservation en ligne. L’hôtellerie française se retrouve aux mains d’une poignée de businessmen qui règnent en maîtres sur la location touristique. À leur tour, les propriétaires de chambres d’hôte passent sous le rouleau compresseur.

Ici et là, la résistance s’organise. L’association Locations de Vacances entre Particuliers (LVP), qui compte deux mille membres, les conseille pour développer leur activité loin des ogres de la réservation en ligne. La Fédération des Gîtes de France, qui a assuré 3,8 millions de nuitées en 2018, reste fidèle à ses valeurs sur le tourisme rural. De Particulier à Particulier (Pap) réalise 25 000 locations de vacances sur la base d’annonces payantes.

Ces trois acteurs d’un tourisme à taille humaine voient venir à eux les touristes que Booking a échaudés. Des touristes avides de retrouver une relation honnête et paisible avec leurs hôtes. Au même moment pullulent sur Airbnb et Leboncoin de fausses annonces où des Internautes y laissent jusqu’à 8 400 Euros.

Méfions-nous de la mafia du clic ! Dialoguer avec l'hôtelier ou le propriétaire de chambres d’hôte, c’est non seulement faire acte de civisme, mais c'est aussi réaliser des économies substantielles. Et c’est augmenter ses chances de réussir ses vacances.

Salwa, Juana et Ibrahim Canard     

Réenchanter ses vacances :


Sur Internet, fuir les premiers résultats, en particulier ceux signalés par le mot « annonce » : ici se regroupe la tribu Booking qui achète les premières places sur Google. Descendre sur la page de recherches, puis consulter les pages suivantes pour trouver les sites web d’établissements indépendants.

Sur un site comme Booking, repérer le nom de l’établissement hôtelier susceptible de nous intéresser. Puis ouvrir un nouvel onglet et saisir son nom et sa localisation sur un moteur de recherches (Google ou autre). Si l’établissement a un site web (cas le plus fréquent), l’Internaute consulte le site de l’hôtel ou de la chambre d’hôte, puis réserve en ligne ou par téléphone : économies assurées !

Pour réserver sur des sites respectant la relation entre professionnels et touristes : Gîtes de France : https://www.gites-de-france.com/fr. De particulier à particulier : https://www.pap.fr.  Locations de vacances entre particuliers : https://locations-vacances-particuliers.com.

Conseil aux hôteliers et propriétaires de chambres d'hôte : ne jamais travailler avec les ogres de la réservation touristique en ligne sous peine de voir le nom de son établissement référencé par Booking, d'où une perte totale d'indépendance. Mieux vaut investir dans un site web et soigner son référencement en s'adressant à un webmaster compétent. À terme, un tel investissement est plus payant que des commissions versées à Booking.

Désormais, les hôteliers et propriétaires de chambres d'hôte ont le droit d'appliquer des tarifs inférieurs à ceux affichés sur Booking, si l'Internaute réserve directement sur le site de l'établissement. Les clients peuvent ainsi économiser jusqu'à 30 % par nuitée. En outre ils seront mieux reçus sur place.

Sources d’information :


 Les propriétaires se rebiffent contre les sites de location saisonnière : article d'Isabelle Rey-Lefebvre paru dans Le Monde du 6 août 2019.

 Booking : dans affilié, il a lié. Article paru dans les dossiers du Canard Enchaîné : 1,4 milliards de touristes et moi et moi et moi ! paru en juillet 2019.

Les consommateurs néerlandais partent en guerre contre le géant Booking. Article de Jean-Pierre Stroobants paru dans Le Monde du 29 juin 2025. Article publié après la mise en ligne de cette chronique. On y apprend que outre les consommateurs néerlandais, les professionnels de l'hôtellerie ont entamé une action à l'échelle européenne contre Booking pour faire réduire les commissions, lesquelles atteindraient 30 % du prix payé par les Internautes, selon KHN,  le syndicat néerlandais de l'hôtellerie. 

 Photographie : Chambres d'hôte L'Espiatet à Borce, Pyrénées béarnaises.