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Fip Cultes, la webradio au septième ciel

Fip Cultes, la webradio au septième ciel

Née le 15 décembre 2025, Fip Cultes diffuse nos totems musicaux : ceux qui prennent du volume avec le temps. En février qui est au firmament des webradios ?

Superstition de Stevie Wonder (1972), puis Mala vida de Mano Negra (1988), puis Feel good inc de Gorillaz (2005) : fin 2025 Fip, station de Radio-France, crée sa douzième webradio musicale. Sans pub, sans paroles ou presque, Fip Cultes trouve d’emblée son public : en février 2026 elle devient la webradio la plus écoutée en France. Pourtant il existe une foule de radios qui enchaînent les tubes, sur la FM et sur Internet. Alors pourquoi Fip Cultes comble-t-elle un vide à la radio ?

Peut-être parce qu’œuvrent en coulisse des amoureux de la musique. D’abord ceux-ci ne bannissent aucun style, du classique - une gymnopédie d'Erik Satie, une suite bergamasque de Claude Debussy, le carnaval des animaux de Camille Saint-Saëns - au cinéma : ah le générique de Star Wars ! Ensuite les programmateurs font le tri : des tubes d’antan ils retiennent ceux qui traversent les années sans vieillir. Mieux : Les amoureux des bancs publics de Georges Brassens (1953) trouvent une nouvelle jeunesse, placés entre Waterfalls du groupe LTC (1995) et Mi swing es tropical de Quantic (2007). Enfin les auditeurs voyagent d’un genre à l’autre, mais aussi d’une décennie à l’autre : héritage de Fip, la radio musicale de Radio-France qui fête cette année ses 55 ans.

Pop, rock, rap, chanson : ainsi nos oreilles voyagent sur un fil musical où chaque morceau nous rappelle un souvenir. Mais il y a des exceptions.

Graine de tube

Car Fip Cultes diffuse aussi des morceaux plus récents tels que No time to die de Billie Eilish (2020) et La fama de Rosalia (2022). Or les auditeurs ont tendance à épouser les tubes de leur jeunesse : rien de plus nostalgique qu’une paire d’oreilles. Comment réagissent les séniors quand Fip Cultes enchaîne Brass in pocket des Pretenders (1979) avec APT. de Rosé & Bruno Mars (2024) ? Bien, semble-t-il : Fip Cultes réunit les générations. Au 17 février 2026 la webradio cumule 1,86 million d’écoutes actives dans le monde et 1,4 million d’heures, selon les données ACPM (1). Et c’est peut-être là que se cache le secret de Fip Cultes : les programmateurs remontent le temps avec exigence. Ils flairent aussi les tubes des années 2020 qui font l’Histoire de la musique.

Soudain nos oreilles se dressent : quelqu’un vient de parler à la radio.

Mieux qu’un jingle

Sur Fip on a l’habitude : au micro et toutes les dix minutes, une animatrice distille une actualité musicale. En plus l’animatrice n’est pas toute seule : derrière la vitre, il y a un technicien. Et dans les bureaux, chaque programmateur conçoit deux heures de fil musical par jour. Mais sur Fip Cultes ? Ici des milliers de morceaux sont mis dans une playlist, à charge pour un logiciel de les diffuser dans un ordre aléatoire. Or une femme nous parle brièvement entre deux morceaux. Et pas n’importe laquelle : Stéphanie Daniel, la voix culte de Fip. « Fip Cultes ? La BO de votre vie », lâche-t-elle dans un phrasé impeccable. Pour nous Stéphanie Daniel a enregistré un festival de clins d’œil, mais à sa manière : celle qui fait de la langue française une symphonie.

Autre pépite : l’équipe de Fip sème ici et là des extraits de films cultes et de sketchs. Par exemple celui de Raymond Devos : Parler pour ne rien dire (1979).

Ah ouais, ça je connais !

Ainsi Fip Cultes est une webradio qui revisite le patrimoine musical, mais pas que. Face au succès, l’équipe de Fip enrichit le fonds : voici Chain of fools d’Aretha Franklin (1967), puis Rehab d’Amy Winehouse (2006), puis Doo wap de Lauryn Hill (1998), puis Fever de Peggy Lee (1958). Soudain Stéphanie Daniel se fraie un passage : « Fip Cultes : même vos enfants diront : ah ouais, ça je connais ! » Aussitôt The Kinks entonne Sunny afternoon (1966). Et Bruce Springsteen compose Streets of Philadelphia pour le cinéma (1993). Puis Sébastien Tellier nous enivre avec sa Ritournelle (2004). Yann Tiersen parachève l’ouvrage avec La valse d'Amélie, musique du film Le fabuleux destin d'Amélie Poulain (2001).

Alors un vertige nous prend : un jour les webradios comme Fip Cultes sonneront-elles le glas des radios en direct ? De sondages en sondages, le média radio perd du terrain. Or Fip en direct gagne des auditrices et des auditeurs : 832 000 en janvier 2026, deux heures d’écoute par jour. Ainsi les douze webradios de Fip confortent la radio historique au lieu de l’affaiblir. Peut-être que les auditeurs jonglent au fil de la journée : à midi ils se laissent accompagner par une animatrice qu’ils apprécient. Le soir ils mettent Fip Cultes dès que la famille est réunie. En 2026 la radio n’a pas fini de se réinventer.

(1) ACPM : alliance pour les chiffres de la presse et des médias. Les audiences de Fip Cultes figurent sur cette page.

Salomé et Séraphin Canard     

Fip Cultes, l'oreille en coin :
Sur Fip Cultes les airs anglo-saxons trustent la playlist : 80 % de la musique diffusée. Côté francophonie Serge Gainsbourg, Mylène Farmer, Alain Souchon, Vanessa Paradis et les Rita Mitsouko sauvent l’honneur. On entend ici et là de l’italien, de l’espagnol, de l'allemand, de l'arabe. La musique culte serait-elle par essence anglaise et américaine ?
 Une musique culte peut-elle être lente, voire triste ? Non, si l'on en croit la playlist de Fip Cultes : la plupart des morceaux ont la pêche. Mais lundi 23 février 2026 à 13 h 49 Agnes Obel chante Riverside (2010) : voix et piano.
Fip Cultes appuie là où ça fait mal : plus on remonte le temps, plus les artistes hommes font le répertoire culte. Ainsi Fip Cultes enchaîne Toto (Africa, 1982), Peter Gabriel (Sledgehammer, 1986), Eric Clapton (I shot the sheriff, 1974), Mungo Jerry (In the summertime, 1985) et Iggy Pop (The passenger, 1977). Les rares artistes femmes à émerger sont des icônes sexuelles comme Peggy Lee, Brigitte Bardot et Nana Love. À partir du XXIe siècle, la balance se rééquilibre par étapes : voici Missy Elliott avec Work it en 2002, puis Alice Merton avec No Roots en 2019. Kate Bush est pionnière avec Running up that hill dès 1985.
Parfois les morceaux bégaient sur Fip Cultes, un peu comme les 33-Tours rayés d’antan. Ou alors la webradio marque un arrêt d'une minute, telle une méditation numérisée. Aléas d’une radio 100 % automatisée.
Un genre musical brille par son absence sur Fip Cultes : le jazz. Mais dimanche 22 février 2026 à 23 h 28 Ray Charles chante Hallelujah, I love her so (1956).
La pub influence les choix de Fip Cultes, surtout en musique classique. Exemple : le chœur des bohémiennes dans La Traviata, opéra de Giuseppe Verdi (1853). En 1997, Noi siamo zingarelle ouvre une publicité pour une marque de serviettes hygiéniques.
Si un jour Fip Cultes fait une place à Claude François, choisira-t-elle Alexandrie Alexandra (1977) ou Comme d’habitude (1967) ?
Y a-t-il des fausses notes au septième ciel ? Oui mais elles sont rares. Trois exemples : The bomb, par The Bucketheads (1995), The fifth of Beethoven de Walter Murphy (1976), Vamos a la playa de Righeira (1983). Les Espagnols méritent mieux que cette chanson cliché et éculée.
Quels artistes des années 2020 passeront sur Fip Cultes en 2050 ? Les paris sont ouverts.
 « Fip Cultes, la musique sans le Cocoboy », entend-on parfois entre deux morceaux. L’animatrice fait ici allusion à l’une des émissions les plus sexistes que la TV ait inventées. Elle fut diffusée sur TF1 de 1982 à 1984. Dans le même esprit, lui succède Coricocoboy de 1984 à 1987.


À la recherche du temps perdu : écouter Fip Cultes ici

Du son pour les oreilles curieuses : écouter Fip en direct ici

Parler pour ne rien dire, le sketch de Raymond Devos, est à revoir ici.

Une phrase résume Fip Cultes « Les morceaux d'hier sans la poussière ». L'animatrice Stéphanie Daniel la prononce ici et là entre deux morceaux.