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Iñaki Echaniz, député jeune et vieux à 31 ans

Iñaki Echaniz, député jeune et vieux à 31 ans

Élu député en 2022 puis réélu en 2024, Iñaki Echaniz tente de se frayer un chemin entre deux patriarches, l'un à Bordeaux, l'autre à Oloron.

Lutter contre les meublés de tourisme dans les zones où l’habitat locatif est tendu. Défendre la chasse traditionnelle à la palombe. Soutenir les autoentrepreneurs face à la TVA. Refuser la fusion entre radio et télé publiques. Faire reconnaître les langues locales. Plaider en faveur d’une voie ferrée désaffectée. Voter la censure contre Michel Barnier en décembre, mais se retenir face à François Bayrou en février. Depuis trois ans, Iñaki Echaniz trace son sillon de député dans une circonscription, la 4e des Pyrénées Atlantiques, où le Béarnais Jean Lassalle imprima sa marque vingt années durant. À 31 ans, il incarne une nouvelle génération d’élus socialistes. Il a le cœur à gauche, mais pas trop : la social-démocratie impose des méandres, dans les discours puis quand vient l’heure de voter.

Et c’est pourquoi le parti d’Emmanuel Macron n’a pas désigné de candidat contre lui aux dernières élections législatives.

Le PS et les autoroutes

Car même si le président de la République ne dit plus guère « en même temps », la formule infuse au PS où l’on défend une autoroute à péage en Occitanie - Carole Delga et l’A69 -, puis une autoroute ferroviaire en Nouvelle Aquitaine - Iñaki Echaniz et le Pau-Canfranc -, tout en tricotant des discours sur la biodiversité. D’où « l’ambition d’une politique de justice sociale et climatique », expression fourre-tout et qui n’engage à rien : elle figure en page 2 de son bilan de mandature en septembre 2023. Lequel contient 36 photos du député Echaniz sur 16 pages : le document est éligible au concours « ma binette partout », en page 2 du Canard Enchaîné.

Cela dit, Iñaki Echaniz est un élu plein de bonne volonté. Depuis bientôt trois ans, il donne un coup de jeune à l’élu local. Dans son costume bleu-blanc-rouge de député basco-béarnais, il fait l’aller et retour entre les visites de terrain et les séances de travail en commission. Il veut réguler le prix du foncier agricole. Il entend protéger les centrales hydroélectriques d’une concurrence déloyale. Il réclame un professeur de français pour les lycéens de Supervielle à Oloron-Sainte-Marie. Il soutient les éleveurs touchés par la tuberculose bovine. Il interpelle le gouvernement sur les coupes budgétaires qui frappent le logement. Il questionne Rachida Dati sur la place de la culture à la campagne. Il vote pour une aide en faveur des familles monoparentales qui survivent sous le seuil de pauvreté.

Mais « en même temps », Iñaki Echaniz se montre d’une rare prudence dès que l’on évoque le tchoutchou des Pyrénées.

Une voie ferrée en or

C’est qu’au PS le temps passe, les éléphants restent. Le jeune Iñaki Echaniz est bordé à sa droite par Alain Rousset, 74 ans, président PS de la Région Nouvelle Aquitaine ; à sa gauche par Bernard Uthurry, 70 ans, Maire PS d’Oloron-Sainte-Marie et président de la Communauté de communes du Haut-Béarn. Soudain, le trentenaire prend un coup de vieux. Par devoir ou par conviction - on ne sait pas -, Iñaki Echaniz défend une cause vintage : la réouverture d’une voie ferrée qui traverse le Béarn du nord au sud, puis rejoint l’Espagne au Somport. Soit 90 km de rails dont 60 voient parfois passer un train, du moins quand SNCF a une rame puis un chauffeur sous la main.

Le rail c’est de gauche, quelquefois écolo. Surtout, le Transpyrénéen est un enjeu personnel chez un élu qui possède sa résidence secondaire à Lescun en Vallée d’Aspe : Alain Rousset. Lequel pare son projet à 1 milliard d’euros de deux vertus : « report modal » - les marchandises iront des poids lourds aux trains - et « transition climatique » - les camions roulent au diesel, les trains à l’électricité. Qu’importe si la friche ferroviaire est en piteux état : un déluge de pluie a emporté la plateforme sur trois secteurs en haute Vallée d’Aspe, le 7 septembre 2024. Tant pis si la ligne sera archi-déficitaire : 230 km de Pau à Saragosse, c’est trop court pour rentabiliser un train de fret. Quant à un éventuel train de voyageurs, il fera le trajet en 5 h 15 contre 3 h 30 en voiture, 4 heures en autocar.

Mais quand on a besoin de faire carrière entre deux patriarches, on ne compte pas.

À Matignon à reculons

Pour défendre un train en lacets et en montagne, Iñaki Echaniz pousse le zèle jusqu’à prendre rendez-vous à Matignon : le 6 mars 2025, le conseiller Transports de François Bayrou le reçoit avec une délégation du CRELOC, association locale qui milite pour la réouverture de la voie ferrée. Entouré d’anciens (voir photo), un député trentenaire rame auprès du cabinet pour faire débloquer 1 milliard d’euros, alors qu’au même moment l’État se débat avec une guerre en Europe, des taxes douanières à Washington, un déficit annuel à 60 milliards d’euros.

Résultat : au 10 mars 2025 et sur son site officiel, Iñaki Echaniz n’a publié aucun compte rendu sur sa visite à Matignon - peut-être se hâtera-t-il de le faire à la lecture de cette chronique. On suppute qu’un jeune socialiste a des états d’âme. Sa génération prend le train, mais plutôt des TGV à 300 km/heure. Ou alors un TER de banlieue, à Bordeaux ou à Pau. Sa génération enfourche volontiers un vélo : elle aime les pistes cyclables pour se déplacer, à la ville et à la campagne. Enfin sa génération a besoin de souplesse pour voyager : trois trains par jour avec rupture de correspondance à Pau, dont un train supprimé, ne peuvent rivaliser avec le covoiturage, le scooter, le véhicule électrique en leasing social.

Et voilà comment un député socialiste est jeune et vieux à la fois : d’un côté il se démène pour faire interdire les polluants éternels (PFAS), limiter les locations Airbnb, humaniser la réforme des retraites ; de l’autre il soutient (mollement ?) la reconstruction d’une voie ferrée, mais en plaidant pour un portique écotaxe pour limiter le flux des poids lourds sur la route nationale. À la fois volontaire et docile, le jeune homme louvoie en guettant peut-être deux échéances : 2026 et les élections municipales, 2028 et les élections régionales.

Pour l’heure Iñaki Echaniz est un jeune député bien sympathique. Mais en politique, il obéit encore à ses deux papas.

Dominique Canard     

Iñaki Echaniz sur Internet :


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Accès au site de l'Assemblée nationale, page dédiée à Iñaki Echaniz : secrétaire de l'Assemblée nationale, membre de la commission des affaires économiques.

* Photographie : Iñaki Echaniz, député de la 4e circonscription des Pyrénées Atlantiques, devant l’hôtel Matignon à Paris le 6 mars 2025. Il est entouré de membres du CRELOC (association française militant pour le Transpyrénéen) et du CREFCO (son équivalent en Espagne).