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L'information à contrepied

L'information à contrepied

Avec nos médias favoris, on nage dans le confort de nos opinions. Un jour, un article vient percuter notre opinion. Joie de faire un pas de côté dans le flux des informations ?

C’est entendu : les jeunes sont de plus en plus conservateurs. Chasser palombes et alouettes, c’est de la barbarie. Les entreprises sont le moteur d’un pays. Il faut replanter des haies dans nos campagnes. Et la France carburera au nucléaire en 2050. Cinq idées font l’opinion publique. Patatras : étude à l’appui, des chercheurs mettent nos convictions à plat. Des journalistes en font un article, or leurs patrons les mettent au bas de la pile : ne pas prendre le client à contrepied. C’est le printemps, et si nous changions de pied ?

Jeunesse tiraillée

Ah les jeunes d’aujourd’hui ! Ces nonchalants restent chez papa maman. Ils travaillent par intermittence en abusant des allocations-chômage. Pire : ils se désintéressent de la vie politique, jusqu’à s’abstenir aux élections. Et quand ils se lâchent, c’est pour colporter des thèses d’extrême-droite sur les réseaux sociaux. Vite, un fouet pour les remettre au boulot ! Ainsi va l’opinion.

Sauf que selon des études récentes, la jeunesse se scinde en deux clans. En Europe, les femmes de 25 à 34 ans sont désormais plus diplômées du supérieur que les hommes du même âge : 46 % contre 35 % selon Eurostat. Et quand les femmes se rendent aux urnes, elles votent en majorité à gauche. Car plus une personne est diplômée, plus sa fibre citoyenne s’aiguise. Et les femmes savent ô combien leurs droits chèrement acquis restent fragiles. Résultat : en 2024, les Américaines de 18 à 30 ans sont de 30 points plus progressistes que les Américains du même âge - en 2018, ce décalage n’existait pas. Même écart de 30 points en Allemagne. 25 points au Royaume-Uni. Le phénomène est mondial : Corée du Sud, Chine, Tunisie. En France, la question reste taboue.

Au même moment, les hommes âgés de moins de 30 ans se tournent vers l’extrême-droite. Surtout les hommes peu instruits. Ils font basculer la Hongrie puis la Slovaquie, peut-être bientôt le Portugal et les Pays Bas. En novembre, aux États-Unis, les sondages indiquent que la majorité des jeunes hommes voteront Trump, la majorité des jeunes femmes Biden.

Un tel clivage au sein d’une même génération est inédit dans l’histoire récente de l’humanité. La natalité va en pâtir. Car de nos jours les femmes diplômées hésitent à se marier, encore plus à faire des enfants, tant elles vivent dans la crainte qu’un conflit avec leur partenaire brise la vie sociale qu’elles ont choisie.

Nonchalante et conservatrice, la jeunesse d’aujourd’hui ? Plutôt travaillée par un désaccord entre femmes et hommes, répondent les sociologues. Comme si depuis #metoo, deux sexes avaient en tête deux choix de société différents.

Chasses de 1ère et 2e classes

Chasser les passereaux à la glu, quelle cruauté ! Depuis le 28 juin 2021, piéger les perdrix, grives, palombes, c’est interdit. Ainsi a jugé le Conseil d’État au motif qu’il existe deux alternatives : la chasse à tir et l’élevage. En effet, les chasses traditionnelles contaminent les oiseaux avec de la colle et des solvants. Ceux qui sont relâchés subissent des lésions - plumes, muscles, squelette - qui rendent leur survie aléatoire. Et puis la souffrance animale est devenue obscène quand le monde s’ouvre au bien-être animal. Ainsi va l’opinion.

Sauf que les milliers de balles au plomb que tirent les fusils de chasse empoisonnent la faune et la flore. Quant aux élevages d’oiseaux, ils subissent le même stress que les saumons qui s’entassent dans les fjords norvégiens. Microbes et virus y pullulent puis partent dans l’environnement. Ainsi, l’élevage industriel de la perdrix fait disparaître une espèce sauvage menacée d’extinction.

Pour en avoir le cœur net, trois anthropologues ont suivi des oiseleurs en forêt : Landes, Pyrénées, Provence, Ardennes. Que voient-ils ? Pour utiliser collets, filets, glu ou pièges, les oiseleurs déploient « des techniques du corps (bricoler, grimper aux arbres, ramper) », mais aussi des « savoirs écologiques liés au biotope et au comportement des oiseaux ».

Sans fusil, sans plomb, la débrouillardise est de mise. En Ardennes on capture les grives avec « une branchette de bourdaine, trois crins d’étalon tressés et des baies de sorbier comme appât ». Pour attirer les oiseaux, Landais et Provençaux « imitent leur chant en sifflant ou roucoulant ». Dans les Pyrénées, « on mime le vol d’un épervier avec un drapeau ». Placer un piège implique de « connaître les couloirs de migration, mais aussi de comprendre ce qui plaît aux animaux et ce qui les fait fuir, bref de s’immerger dans leur monde ».

En fait, on ne devient pas oiseleur sans passer sa vie en forêt et dans les champs. Les techniques s’apprennent dès l’enfance en groupe, dans un esprit de vie autochtone. Dans le Midi, cachées dans les arbres, « les cabanes sont faites de planches de récupération, de paille de lavande et de branchages ». La chasse s’achève par un repas festif.

Alors trois anthropologues découvrent qu’une intimité avec les écosystèmes « fait des oiseleurs des sentinelles de leur dégradation ». Les oiseleurs surveillent les effets de la crise climatique sur le comportement des oiseaux. Ils dénoncent l’agriculture intensive et ses pesticides. Ils préservent des sites favorables aux oiseaux tels que des landes à genévriers dans les Causses, ou encore des haies bocagères dans les Ardennes.

Et si derrière une interdiction se cachait un conflit de classe ? Jugée immorale, la chasse traditionnelle aux oiseaux dérange celle, armée, des élites sociales. Au XIXe siècle, la bourgeoisie dénonce la « cruauté barbare » des petits paysans. Un siècle plus tard, cette même bourgeoisie dirige le secteur agroalimentaire, celui qui remplit nos supermarchés de viande et de charcuterie.

Désuète, la chasse traditionnelle aux oiseaux ? Paradoxe : en Afrique ou en Amérique du Sud elle suscite l’admiration quand des voyageurs l’observent chez les peuples autochtones, ironisent trois anthropologues.

Entreprises sous perfusion

L’État n'aide pas assez nos entreprises ! Alors que la Chine subventionne ses fabricants de voitures électriques - lesquelles débarquent à prix cassés dans l’Union européenne - Macron et Attal sont accusés de laxisme. D’autant que le coût de l’énergie en Europe incite les industriels à délocaliser, voire à construire leurs futures usines en Asie et en Amérique. Pour nos emplois, il faut plus de protection ! Ainsi va l’opinion.

Sauf qu’en 2023, l’État a dépensé 215 milliards d’euros pour soutenir les entreprises françaises. C’était environ 30 milliards en l’an 2000. Un « pognon de dingue » qui n’a rien à envier aux aides sociales. L’aide aux entreprises est une jungle : les euros peuvent tomber du ministère de l’économie comme de celui de la transition écologique.

L’État-providence en faveur des entreprises prend des formes diverses. En premier, l’État renonce à percevoir des cotisations sociales (65 milliards d’euros en 2019), des recettes fiscales (61 milliards), puis donne de l’argent aux entreprises (32 milliards). La plupart des aides sont accordées sans contrepartie, notamment environnementale.

En tête des dépenses fiscales, le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi pèse 19 milliards d’euros : France Stratégie a montré qu’il sert surtout à améliorer les marges des entreprises sans créer d’emploi. Le crédit d’impôt fut transformé en baisse pérenne de cotisations sociales. Puis vient le crédit impôt recherche : 6 milliards en 2019. Les études montrent que ce dispositif coûteux a eu de faibles résultats. Pire : certaines aides de l’État aux entreprises détruisent de l’emploi qualifié : cadres et techniciens supérieurs émigrent à l’étranger.

Un bon exemple est celui de Blablacar. Depuis 2012, l’entreprise qui propose un service de covoiturage reçoit plusieurs dizaines de millions d’aide via un dispositif assez tordu : le Certificat d’économie d’énergie (CEE). Ce système appelé aussi pollueur-payeur oblige les entreprises polluantes à aider une entreprise jugée vertueuse. Par exemple, Total a choisi Blablacar avec le feu vert du ministère de l’écologie. D’où les primes et cadeaux de bienvenue que perçoivent les conducteurs qui s’inscrivent sur le site de covoiturage. De 2012 à 2021, trois sociétés de covoiturage se sont partagé 250 millions d’euros par an de CEE. Selon les calculs du journal Le Monde, « environ 170 millions d’euros de CEE ont été distribuées en 2023 aux plates-formes de covoiturage, qui n’ont reversé que 45 millions à leurs utilisateurs sous forme de primes. » Dont 100 millions rien que pour Blablacar. Laquelle vient d’influer sur les nouvelles règles du CEE via un lobby.

250 millions d’aide au covoiturage, est-ce un budget utile pour la planète ? Non car le covoiturage ne pèse que pour 4 % des trajets en voiture en France. Le trafic automobile ne baisse pas, au contraire. Et chaque véhicule sur la route embarque en moyenne 1,4 passager pour les trajets courts, chiffre stable depuis des années.

Aider les entreprises, c’est bon pour l’emploi ? Non, concluent les économistes qui se sont penchés sur le sujet. Au lieu d’exonérer ou de subventionner, l’État serait plus efficace s’il adoptait la méthode de la commande publique, celle qui pose l’État comme stratège. Ainsi, la politique dicterait ses choix à l’économie, et non l’inverse.

Les haies, quelles haies ?

Il faut replanter des haies dans nos campagnes ! À force de tout arracher, les céréaliers tuent la biodiversité. Il faut que l’État répare nos paysages avec des haies toutes neuves, dans les champs, au bord des chemins. Ainsi va l’opinion.

Sauf qu’1 km de haie de 2024 ne vaut pas 1 km de haie de 1924. Arracher puis replanter, c’est perdre la biodiversité que la haie d’origine hébergeait, mais aussi les services qu’elle rendait. En France, 23 000 km de haies sont détruits chaque année. Soit 1,4 million de km depuis 1950. Au total, 70 % des haies ont disparu des bocages français. Et l’arrachage s’accélère : aux yeux des grands céréaliers, la haie est un espace peuplé de nuisibles qui freinent leur productivité. Alors il faut tout raser. Avec son « pacte en faveur de la haie » en septembre 2023, le gouvernement voulait replanter 50 000 km de haies d’ici 2030, jusqu’à ce que les tracteurs sur les ronds-points enterrent le projet. Les 3 000 km de haies plantées laborieusement ici et là depuis un an seront peut-être utiles, mais au siècle prochain.

Au fait, à quoi sert une haie ? Invention humaine, elle fut plantée à l’origine pour délimiter des parcelles, empêcher les troupeaux de divaguer, protéger chemins et cultures du vent, limiter l’érosion. Les haies fournissaient aussi des fruits sauvages (mûres, noisettes) et du petit bois de chauffage. De nos jours, les haies passionnent les chercheurs en science végétale. Botanistes et écologues découvrent que les haies offrent un refuge aux oiseaux, abeilles, lézards, petits mammifères. Entre 60 et 80 % des espèces animales des campagnes s’y nourrissent ou s’y reproduisent. En outre, les haies forment un réseau avec forêts et zones humides, ce qui favorise la circulation des organismes.

Et sous terre ? De profondes racines freinent l’écoulement de l’eau en surface et favorisent son infiltration dans les sols. Les haies enrichissent la terre de matière organique grâce leur tapis de feuilles et de bois mort. Elles préviennent les inondations lors de fortes pluies. Elles améliorent la qualité de l’eau en fixant des polluants tels que les nitrates ou les métaux lourds présents dans les eaux de ruissellement.

Et dans l’air ? Les haies interceptent les pesticides quand ils sont épandus par temps chaud. Elles ont un effet climatiseur qui met cultures et bétail à l’abri des canicules, des gelées tardives, du vent sec. L’effet brise-vent porte jusqu’à dix à vingt fois leur hauteur. Enfin, les haies stockent au moins cent tonnes de carbone par km linéaire via les troncs, les branches, les feuilles, les racines.

Alors, gênantes, les haies dans les plaines céréalières ? Si les haies abritent parfois des insectes ravageurs de cultures, leur impact reste bien moindre que celui, positif, qu’apportent les pollinisateurs, mais aussi les araignées, rapaces, chauve-souris, tous présents dans cette mini-jungle végétale. Une étude de l’INRAE démontre qu’une haie réduit de 84 % la présence d’agresseurs dans les champs de cultures voisines.

Planter des haies en 2024, c’est bon pour l’environnement ? Mieux vaut protéger les haies de nos ancêtres, rétorquent les chercheurs. Au même moment, l’État renonce à protéger les haies face au lobby céréalier.

La France et le nucléaire

Il faut relancer le programme nucléaire français ! Fleuron de notre industrie avec le TGV, le nucléaire est l’ADN de la technologie française pour produire de l’énergie. D’autant que les centrales nucléaires ne rejettent pas de CO2. En construisant six EPR2 en quinze ans, la France veille à son indépendance énergétique. Ainsi va l’opinion.

Sauf que les 56 centrales nucléaires en activité en France sont toutes de technologie américaine : le modèle Westinghouse. Et qu’en cherchant à les améliorer dans les années 1990 et 2000 pour augmenter leur puissance, EDF a fait des bêtises.

Flash-back : en décembre 1973, l’État missionne EDF pour construire des centrales nucléaires au pas de charge après le premier choc pétrolier. Deux clans s’opposent : le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et EDF. Le premier développe la bombe atomique ; sa technologie du graphite gaz peut aussi produire de l’électricité. Mais elle est coûteuse et dangereuse : en 2011, l’accident de Tchernobyl le prouve. La seconde préfère une technologie américaine : Westinghouse. La première centrale Westinghouse bâtie à la frontière belge fait ses preuves. Alors dès 1975 et chaque année, six centrales nucléaires sont mises en chantier. La standardisation est de mise : le modèle Westinghouse est répliqué de Fessenheim à Chinon.

Puis EDF fait du zèle à partir de 1980 : pour passer ses réacteurs de 900 à 1 450 mégawatts, elle modifie leur design avec une tuyauterie si complexe qu’elle subit de nos jours la corrosion : d’où les mises à l’arrêt pour maintenance, puis les importations d’une électricité polluante à base de charbon et de gaz. Dans les années 1990, EDF échoue avec deux technologies bien de chez nous : Superphénix et Astrid.

De nos jours, le parc nucléaire mondial est dominé par la Chine et la Russie. Sur 60 constructions en cours, début 2024, 26 se trouvent sur le sol chinois. En parallèle, la part du nucléaire dans la production d’électricité dans le monde baisse : 9,2 % en 2022 contre 17,5 % en 1996. À l’inverse, la part des énergies renouvelables – solaire, éolien… – augmente grâce à des technologies qui stockent l’énergie.

Oui mais il y a les futurs EPR2 ! plaident les partisans d’une France indépendante sur le plan énergétique. En Normandie, l’EPR1 doit démarrer à la mi-2024 avec douze ans de retard. Son coût de fabrication a été multiplié par quatre : 13 milliards d’euros. Ses petits frères en Grande-Bretagne et en Finlande ont des misères : retards, arrêts. Quant aux EPR2, en deux ans le prix de six tranches est passé de 51,7 à 64,4 milliards d’euros, soit 25 % d’augmentation alors qu’aucune pierre n’a encore été posée. Là encore, la France joue solo : aucun autre pays du monde n'adopte cette technologie.

Miser sur le nucléaire avec des EPR2 pour nous éclairer, nous chauffer, faire tourner nos machines ? Avec l’uranium qu’il faut importer, les déchets qu’il faut retraiter – car à ce jour, guerre ou pas guerre en Ukraine, le retraitement de nos déchets nucléaires se fait en Russie ! – la France est tout sauf indépendante. En réalité l’État joue à la roulette russe avec une technologie aléatoire, complexe, riche en surprises, tout en se détournant du solaire et de l’éolien. En 2040, où en sera la France avec ses EPR2 ? Il faudra des centaines de milliards d’euros pour tout vérifier puis les connecter, préviennent des experts de l’atome.

L’information à contrepied

Cinq infos puis cinq articles prennent le lecteur à contrepied. Que pense l’homme de droite qui croyait dur comme fer à l’entreprise ? Que pense la femme de gauche qui s’opposait à la chasse aux oiseaux ? La majorité des électrices et des électeurs restera sans doute dans le couloir de ses opinions. D’autres apprendront l’art du doute, de la nuance, de la complexité. Quant aux indécis, ceux qui naviguent à vue entre les préjugés de droite, les clichés de gauche et les assertions des verts, ils rêvent que l’État ouvre des conventions citoyennes au lieu de décider à leur place. Tant que Macron et Attal prendront les Français pour des enfants, comment reprocher aux indécis de faire un pas de côté puis d’aller à la pêche le jour des élections ?

Renaud Canard     

Sources d’information :


Sur le vote des jeunes dans les années 2020 :

« Les jeunes femmes sont de plus en plus progressistes, tandis que les hommes du même âge penchent du côté conservateur ». Chronique de Marie Charrel dans Le Monde du 4 avril 2024.

L’article s’appuie sur des études et sondages qu'ont relayé le Financial Times le 26 janvier 2024 et The Economist le 13 mars 2024.

Sur la chasse traditionnelle des oiseaux :

« Les chasses traditionnelles d’oiseaux ne sont pas un ennemi mais une composante de la biodiversité rurale ». Tribune de Charles Stépanoff (anthropologue, École des hautes études en sciences sociales), Tiffany Chérix Dorsaz (anthropologue, École des hautes études en sciences sociales) et Léa Filiu (anthropologue, École pratique des hautes études). Tribune publiée dans Le Monde du 30 décembre 2022.

Les trois anthropologues ont mené une étude comparative des chasses traditionnelles dans les Landes, les Pyrénées, la Provence et les Ardennes.

Sur les aides de l'État aux entreprises :

« Les aides aux entreprises représentent l’un des plus importants postes budgétaires des administrations publiques ». Chronique de Dominique Méda dans Le Monde du 17 décembre 2022. L’autrice s’appuie sur un rapport réalisé par des économistes du Centre lillois d’études et de recherches sociologiques et économiques (CLERSÉ) à l’université de Lille-CNRS.

Le montant total des aides de l'État aux entreprises en 2023 figure dans l'article Les rachats d’actions par les entreprises, symbole ultime des dérives du capitalisme financier. Article d'Isabelle Chaperon dans Le Monde du 22 avril 2024.

« Derrière le succès de Blablacar, un contrat secret et des économies d’énergie surévaluées ». Article d’Adrien Sénécat et Maxime Vaudano dans Le Monde du 6 avril 2024.

Cet article résulte d’une enquête du Monde, laquelle révèle par ailleurs que « l’État a très largement surestimé [les économies d’énergie dégagées par le] covoiturage. Ce calcul repose sur l’hypothèse que chaque nouvel inscrit effectuera 225 trajets par an pendant les cinq prochaines années. Or plus de la moitié ont profité de l’effet d’aubaine de la prime, en faisant moins de dix trajets en 2023, selon le ministère de l’écologie. Malgré ce constat, le gouvernement a prolongé le dispositif en 2024 sans en amender les modalités ».

Sur les haies :

« Planter une nouvelle haie ne compense pas la destruction d’une haie ancienne ». Article de Guillaume Decocq, professeur en sciences végétales et fongiques, directeur de l’UMR EDYSAN, Université de Picardie Jules Verne (UPJV) ; Arnaud Mouly, maître de conférences en systématique et écologie Végétales, Université de Franche-Comté – UBFC ; Déborah Closset, maître de conférences en écologie forestière, Université de Picardie Jules Verne (UPJV) ; Marc-André Selosse, professeur du Muséum national d'Histoire naturelle, professeur invité aux universités de Gdansk (Pologne) et Viçosa (Brésil), Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN) ; Michel Botineau, professeur de botanique, Université de Limoges ; Pierre-Antoine Précigout, chargé de recherche en agroécologie, INRAE. Article publié sur le site The Conversation le 13 mars 2024.

Les six chercheurs s’appuient sur les études de la Société botanique de France dont ils font partie.

Sur le nucléaire :

« Le mythe de la souveraineté énergétique ». Chronique de Jean-Baptiste Fressoz, chercheur au CNRS, dans Le Monde du 14 décembre 2022.

« Grandeur et décadence du nucléaire en France ». Chronique de Philippe Escande dans Le Monde du 22 décembre 2022.

« Nucléaire : tripler les capacités, un objectif encore très lointain ». Article d’Adrien Pécout dans Le Monde du 21 mars 2024.

L’article est publié le jour de la première édition du Sommet sur l’énergie nucléaire organisé par L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) à Bruxelles. L'article s’appuie entre autres sur le rapport annuel du Word Nuclear Industry Status Report (WNISR), référence que les partisans de l’atome « considèrent volontiers comme antinucléaire ».

«  Relance du nucléaire et urgence climatique : les liaisons dangereuses ». Article de Christian de Perthuis, professeur d’économie, fondateur de la chaire Économie du climat, Université Paris Dauphine – PSL, publié sur le site The Conversation le 18 mars 2024.

« Dans le monde, trois EPR en activité et des commandes qui se font attendre ». Article de Perrine Mouterde dans Le Monde du 9 mai 2024, soit après la publication de cette chronique. On y apprend que trente-cinq ans après leur lancement, les EPR cumulent retards et surcoûts en France, mais aussi en Finlande, au Royaume-Uni et en Chine. Résultat : les rares pays qui veulent relancer le nucléaire civil optent pour une autre technologie, dont celle de l'Américain Westinghouse en Pologne. À ce jour EDF a fait une proposition d'EPR à un seul pays étranger : la République tchèque.

« Les Tchèques préfèrent les Coréens à EDF pour construire deux nouveaux réacteurs nucléaires ». Article de Jean-Baptiste Chastand dans Le Monde du 17 juillet 2024, soit après la publication de cette chronique. L'offre du Coréen KHNP a été jugée plus fiable que celle d'EDF car KHNP a apporté des garanties en cas de retard. En outre, une partie de la conception des nouveaux réacteurs serait assurée sur le territoire tchèque. Peu fiables, 100 % français : les efforts d'Emmanuel Macron pour vendre les EPR à la République tchèque n'auront servi à rien.

Post-scriptum :
les « y’a qu’à » de Macron

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Le président de la République veut s’occuper de tout, des grandes orientations aux petites choses de la vie. Ainsi :

• Il annonce le chantier de six EPR2 dans les quinze ans à venir.

• Il annonce le retour de la pratique théâtrale à l’école pour puiser dans les textes classiques matière à former les élèves à l’oralité.

• Il annonce la création d’un passe mensuel à 49 € pour tous afin de démocratiser l’accès aux trains Intercités et aux TER. On sait déjà qu’en 2024 ce ne sera pas le cas.

• Il annonce que le salaire des grands patrons va faire l'objet, au sein de l'Union européenne, d'un plafond pour lutter contre les rémunérations abusives.

• Il annonce que l'uniforme obligatoire va être généralisé dans les écoles et collèges.

• Il annonce la fin du congé parental de trois ans pour les mères, et son remplacement par un congé parental de six mois pour les mères et les pères.

• Il annonce que de nouvelles licences vont ouvrir dans les universités pour attirer davantage d’étudiants vers les métiers de l’enseignement. Mais les facs fonctionneront à moyens constants.

• Il annonce que les patients qui oublient d’aller à leur consultation seront sanctionnés.

• Il annonce que le Service national universel (SNU) va devenir obligatoire.

• Il annonce mettre en place une taxe de 3 % sur les ventes de livres d'occasion. La mesure risque de pénaliser les foyers les moins aisés ainsi que les étudiants, sans pour autant aider les auteurs, lesquels reçoivent moins de 10 % sur les ventes de livres neufs.

Et en même temps, il prend du recul et multiplie les commémorations historiques sous l’influence de son conseiller mémoire, Bruno Roger-Petit.

Après 2027, que restera-t-il de tant d’annonces ? Il y a peut-être une part de désespérance chez cet homme qui prétend faire l’Histoire tantôt avec des symboles, tantôt avec le quotidien, sachant que la plupart de ses annonces resteront sans doute à l'état de mots.