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La 551e interview de Juliette Binoche

La 551e interview de Juliette Binoche

Mai 2025, Juliette Binoche donne sa 550e interview. Corvée, rituel, rencontre : au fil des entretiens, la comédienne semble vouloir répondre à une question qui ne lui a pas encore été posée.

« Mais c’est quoi votre question ? Je ne comprends rien ». Quelques jours avant qu’elle ne préside le jury du Festival de Cannes, la comédienne Juliette Binoche rabroue le journaliste du Monde. Où l’interview a-t-elle lieu ? À Paris, dans le salon d’un hôtel, à Saint-Germain-des-Prés. Un an plus tôt, l’actrice fond en larmes à la 17e minute d’un entretien sur France Inter. Face à la journaliste Léa Salamé, elle lance : « Quand on est acteur, on se met à la place ! Quand on raconte une histoire, on se met à la place ! » Mais la journaliste en studio à Radio-France ignore l'appel : « Préférez-vous Dior ou Chanel ? »

Or Juliette Binoche a peut-être prononcé ce jour-là l’une des phrases clés de sa carrière.

Interview vérité

Dès que sort un film, les artistes de renom se plient à un rituel : l’interview. Les médias ont besoin des stars pour tenir leur audience. Les producteurs cherchent des caméras, des micros, des stylos pour faire connaître leur dernier-né. D’où le face-à-face entre journaliste et comédienne. Le premier s’efforce de poser des questions originales. La seconde redoute de s’ennuyer.

« Juliette Binoche, qui êtes-vous ? » résume les 5 500 questions posées à l’artiste depuis les années 1980 (1). Car les journalistes enfilent volontiers la blouse du thérapeute : sonder l’âme de la star pour mieux la révéler. D’où la formule de Laurent Carpentier dans Le Monde du 12 mai 2025 : « Comme votre père ? ». En effet, Juliette Binoche a comme papa un artiste qui voyage en Amérique du Sud ; et bien qu’assis, le journaliste voit en Juliette une femme en mouvement.

De son côté, Juliette Binoche se souvient peut-être que, huit ans plus tôt, elle fit face au même journaliste du Monde. À l’époque elle vient de tourner Un beau soleil intérieur de Claire Denis, film présenté à Cannes. « Si vous ne pouvez pas dire ce que vous êtes, alors qu’est-ce que vous n’êtes pas ? » finit par lui demander Laurent Carpentier en 2017. « Je ne suis pas morte » répond-elle : écho subliminal à un tournage où elle faillit se noyer.

Quatre mois plus tard, un autre journaliste du Monde reprend le fil de l’analyse : « À quoi rêvez-vous ? » lui demande Franck Nouchi. Juliette Binoche, qui a l’art de doser un silence, oriente l’entretien sur les images qui la réveillent chaque matin. « Devenir actrice, c’était un rêve pour vous ? » insiste le journaliste peu après. L’actrice lui offre un scoop : elle a toujours aimé jouer. « Vous avez le sentiment de pouvoir donner de l’éternité ? » relance l’interviewer. Réponse : on peut tous en donner. Sur ce, Franck Nouchi la met sur le gril : « Quel est votre mot préféré ? » Or la question lui est familière quand on a 550 interviews au compteur. La première fois, elle répondit joie. La seconde fois : résonance. Aujourd’hui, va pour présence.

550 interviews

550 : en mai 2025 Juliette Binoche a donné le chiffre au Monde, avec une pointe d’agacement. Face à Laurent Carpentier qui tâtonne, elle se verrait bien renverser la situation. « Vous notez quoi, là ? Je suis curieuse ». Dans la foulée, elle ose une pique : « Je pense que vous regardez vos notes parce que vous avez peur de moi ». Les lecteurs sourient : à la rubrique culture du journal, on va enfin s’amuser. Et plus on s’enfonce dans le texte, plus la virtuose de l’interview alterne confidences et digressions, jusqu’à éluder une question puis répondre à celle qui ne lui a pas été posée.

Mais quand Le Monde met l’article sur la page d’accueil de son site, le 12 mai 2025, l’entretien n’est pas tout seul. Au-dessus, au-dessous, à droite, à gauche il y a des articles sur la guerre en Ukraine, la famine à Gaza, les ateliers de confection Shein en Chine, l’IA au service du maintien de l’ordre, les droits de douane américains, les ruades du climat. Et surtout des femmes et des hommes en détresse, partout sur la planète.

Soudain, on croit comprendre ce qui taraude l’actrice aux 550 interviews : dire « moi je », tandis que les armes parlent à Jabalia puis à Soumy, est-ce le comble de l’indécence ? Des gens meurent, d’autres sont blessés, les artistes tartinent sur leur présent et leur passé. Alors on imagine Juliette Binoche, non face à un journaliste, mais face à un dilemme. Elle qui s’engage en tant que citoyenne, jusqu’à cosigner des tribunes sur les femmes et le climat, a-t-elle le droit de se confier, pire de se plaindre, dans Libération puis sur France Inter ?

Alors oui, Juliette Binoche parle d’elle d'interview en interview car chambrer les journalistes, à force, ça pourrait être mal pris. À Laurent Carpentier qui lui demande si le personnage d’Isabelle, c’est un peu elle, la comédienne répond : « Oui mais ce ne sont pas mes mots, et je n’ai pas couché avec un banquier ». Après l’écart de conduite, elle marche droit : « J’ai eu la chance d’avoir des parents portés sur l’art, et qui ont su me donner le goût de cela », expose-t-elle au journaliste Franck Nouchi. Nouveau virage : oui elle a fait deux années de psychanalyse, soit « un ressassement dont je ne voyais pas la porte de sortie ». Alors vite, elle revient à sa vocation de comédienne : « Ça a pris corps quand j’ai vu Ubu roi [d’Alfred Jarry], mis en scène par ­Peter Brook, aux Bouffes du Nord. J’avais 14 ans. À la fin de la représentation, les spectateurs se sont levés et ont applaudi. Un moment de partage éblouissant. Alors je me suis dit que si “ça”, on pouvait le donner aux gens, alors, moi aussi, je voulais donner “ça”. Tout était clair. »

Fantasmes sur pellicule

Et quand le cinéma est submergé par la vague #Metoo, Juliette Binoche va témoigner par étapes successives, de 2017 à 2024, de Harvey Weinstein à Jacques Doillon. Aux journalistes du Monde, de Libération, sur France Inter, elle révèle les agressions dont elle fut victime à 7 ans (un instituteur), puis dans l’exercice de son métier (comédiens, réalisateurs). « Mais je ne vais pas m’étaler devant vous comme une grosse flaque », prévient-elle le 19 mai 2017 dans Le Monde.

Quand le fruit est mûr, à 61 ans et avec la journaliste Anne Diatkine, elle décrit les violences subies au cours de sa carrière — Libération du 26 avril 2024. Dans les années 1980 le réalisateur Pascal Kané l’entraîne à la terrasse d’une tour parisienne, puis il se jette sur elle pour l’embrasser. Peu après, Jean-Luc Godard lui demande de « tourner autour d’une table, nue, en lisant un poème et en me peignant les cheveux ». André Téchiné filme en gros plan son pubis avec la tête de Lambert Wilson juste à côté, dans l’autre sens. Philip Kaufman veut la peloter dans sa loge… Juliette Binoche décrit chaque scène de façon clinique, comme pour nous dire : « Ce sont des fantasmes sur pellicule, en aucun cas du cinéma ».

Et plus les journalistes parlent d’elle comme d’une victime puis la guident vers l’émotion, plus la comédienne se rebiffe : le bureau des pleurs, c’est celui d’à côté. « L’acteur doit voir, observer, jauger, renifler, esquiver, se protéger, assène-t-elle en 2017 alors qu’éclate l’affaire Harvey Weinstein. Mais au moment essentiel de son métier, c’est-à-dire devant la caméra ou sur une scène, il doit se donner corps et âme ».

Ouvrir le moteur

Mais peu à peu, sur France Inter et ailleurs, elle ouvre le capot : le cinéma, « qui peut savoir comment ça se passe ? » demande-t-elle crûment. De sa bouche on apprend que dans les années 1980 et 1990, il y avait obligatoirement une scène de nu dans chaque film : au-delà du voyeurisme sur les plateaux, les actrices dénudées gonflent les recettes. André Téchiné, par exemple, « voulait que le corps des actrices soit engagé ». Ce à quoi Juliette Binoche adhère « car nous sommes des êtres entiers ». Sauf que le réalisateur n’a jamais fini sa phrase : engagée, jusqu’à tout retirer.

1er mai 2024 à 9 h 30 sur France Inter, Léa Salamé sonne la révolte. Quoi ? À cette époque, « il fallait envoyer des photos nue aux réalisateurs pour qu’ils vous choisissent dans leurs films ! » Puis : « Vous avez transformé votre salle de bains pour développer vos photos de vous nue prises par votre copain ! » Non non non ! proteste la comédienne qui a la rigueur des faits : sur les photos, elle apparaît habillée. « Oui mais la plupart des castings consistaient à jouer une scène nue en minaudant ! » insiste Léa Salamé. « Pas en minaudant, corrige la comédienne. Nue en jouant vraiment. C’était le challenge à chaque scénario. Il fallait se donner complètement ».

Et même si la parole se libère au point que l'Assemblée nationale réunit une commission d'enquête, Juliette Binoche dit recevoir encore des scénarios « avec des scènes de nu très, très développées (…). Je comprends la nudité car parfois il faut être vrai. Mais ça dépend comment c’est tourné ». Éperdue d’amour pour le cinéma, Juliette Binoche s’attache à expliquer, expliquer, sans jamais verser dans l’anathème ou la facilité.

Trahir une actrice

À présent que le capot est grand ouvert, la comédienne brandit chaque pièce du moteur. Ainsi à deux reprises, elle demande à voir les rushs où elle apparaît nue, afin de les valider, ou non, avant le montage final. Par deux fois, les réalisateurs la trompent :  André Téchiné (Alice et Martin, 1998), puis Anthony Minghella (Par effraction, 2006). « Il y a une volonté de posséder chez les metteurs en scène, explique Juliette Binoche. Posséder les scènes qu’ils ont faites. Du coup ils ne sont plus dans le partage. On espère après coup que le réalisateur fera le bon choix. Mais on est souvent trahie. »

Dans Libération, elle va encore plus loin : le réalisateur « ne voit pas encore l’artiste dans la jeune actrice (…). Il ne voit pas une égale. Faire le chemin ensemble, unis dans l’œuvre, est long, ardu, et parfois si simple. Si par bonheur on trouve ce chemin, on se dit que rien n’est plus beau. »

Dès 2017 dans Le Monde, Juliette Binoche trouve les mots pour décrire les ressorts d’un trio : « Au cinéma, l’exercice du pouvoir est très particulier. Le producteur a un pouvoir, le metteur en scène a un pouvoir, l’acteur a un pouvoir. S’approcher de ces pouvoirs-là, c’est un peu comme des trous noirs dans l’espace. Ils dégagent une énergie qu’il faut savoir décrypter, sentir, on peut tourner en orbite. Mais gare à ne pas se laisser happer. »

Se décentrer puis comprendre

Ainsi, d’interview en interview, et même si les journalistes en quête de rires et de larmes ne l’aident guère, Juliette Binoche s’approche du but : expliquer en quoi, « quand on est acteur, on se met à la place. Quand on raconte une histoire, on se met à la place. »

Nous sommes à la 17e minute de l’interview de Léa Salamé, sur France Inter. Ça y est, nous voici au cœur du sujet.

Car si Juliette Binoche aime tous les rôles qu’elle a tenus — y compris dans les films qui ont échoué, y compris dans les films ratés —, c’est parce qu’elle a l’art de se mettre à la place d’autrui pour incarner un personnage. Le tout en bossant puis sans contrôle, en plongeant dans le corps et l’âme de la femme, que ce soit Isabelle ou Coco Chanel. Forte de son talent, elle peut se mettre dans la peau d’une méchante. Un jour peut-être elle habitera un personnage masculin. À 61 ans sa palette est infinie, dans le monde encore fini qu’est le cinéma.

Mais en échange du don qu’elle fait d’elle-même, Juliette Binoche attend que les hommes qui font le cinéma — les réalisateurs, les acteurs, les producteurs — se mettent à leur tour à la place des actrices. Et qu’ils se montrent solidaires avec elles, à l’heure où la commission d’enquête parlementaire publie un rapport sur les abus au cinéma. Au-delà du 7e art, l’appel de Juliette s’adresse aussi aux hommes, à tous les hommes. Car l’actrice respire l’amour à chaque phrase, même quand elle est blessée.

D’où ses larmes sur France Inter, le 1er mai 2024.

Sauf que Léa Salamé questionne, mais ne l’écoute pas. « Préférez-vous Dior ou Chanel ? », a-t-elle enchaîné, deux minutes avant la fin de l’interview.

La 551e interview

Alors on imagine que la 551e interview de Juliette Binoche lui permettra d’aller au bout de son exigence. Ouvrir le capot. Démonter le moteur. Parler des scénarios, des tournages, des rushs. Évoquer le partage, de la lecture du script à la découverte du film. Mais surtout, expliquer comment et pourquoi l’actrice se décentre pour incarner un personnage. Puis reconstruire le 7e art pour qu’en 2030 il y ait encore des œuvres, du public, des pépites au cinéma.

Car plus que tout, l’œuvre est le phare de sa carrière d’artiste : tourner des scènes nue, « je suis toujours passée à travers parce que, pour moi, c’est l’œuvre qui m’intéresse. Aller vers une rencontre à travers un texte, des émotions, un esprit, à travers une forme aussi ». Plus loin, elle ajoute : « Une œuvre est faite pour qu’on soit transformé, vivifié, par elle (…) C’est difficile de faire un film. Très difficile. Nous sommes tous des êtres qui essayons, qui ratons… Mais quand on se retrouve transformé, tout prend sens. »

Et si la 551e interview avait lieu, non à Paris, assis dans un café, mais en mouvement, sur un chemin de forêt ?

(1) Statistique calculée sur la base de 10 questions en moyenne par interview.

Séraphin Canard     

Être à la fois personne et tout le monde :
Au hit-parade des questions que les journalistes posent le plus souvent, il y a celle-ci : « Le personnage que vous interprétez dans ce film est-il un peu vous-même ? » Au journaliste du Monde qui applique la recette en mai 2025, Juliette Binoche raconte une anecdote, à propos d’un rôle pour lequel elle a obtenu le Prix d’interprétation féminine à Cannes en 2010 :
« Après Copie Conforme, j’ai dit à Abbas [Kiarostami] : “J’en ai marre que les gens pensent que je suis ce personnage.” 
Il m’a répondu : “Mais c’est parfait, au contraire ! Fais-leur croire que c’est toi pendant deux mois. Puis après tu fais un autre film, et tu fais croire de nouveau que c’est toi.” Le soi est indéfinissable. »
Avec 70 films au compteur, Juliette Binoche reste une personne innommable.

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Liste des articles et des émissions
qui ont nourri cette chronique :

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Paroles de Juliette. Article de Sylvie Kerviel dans Le Monde du 1er novembre 1998.

Juliette Binoche : « L’image juste de moi, c'est quand je m'oublie ». Interview conduite par Jean-Luc Douin dans Le Monde du 18 mai 2010. Parmi les questions posées : Vous parlez de l’art comme d’un moyen de désobéir. À qui ? - Le doute vous habite-t-il ? - Mais ce sentiment d’abandon ? - Vous vous sentez seule ?

Cannes 2017 : Juliette Binoche n’est pas celle que vous croyez. Article de Laurent Carpentier dans Le Monde du 19 mai 2017.

Juliette Binoche : « Mon rêve, c’est de donner ». Interview conduite par Franck Nouchi dans Le Monde du 15 septembre 2017.

Juliette Binoche : « La femme est facilement moquée, ridiculisée, on a besoin de la diminuer ». Interview conduite par Franck Nouchi dans Le Monde du 23 octobre 2017.

Juliette Binoche de ses débuts à #MeTooCinéma. « Toutes ces blessures provoquent une rage, mais aucune envie d’arrêter ». Entretien conduit par Anne Diatkine dans Libération du 26 avril 2024.

« Toutes les femmes attendent que les hommes soutiennent enfin #metoo », assure Juliette Binoche. Interview conduite par Léa Salamé le 1er mai 2024 sur France Inter.

Juliette Binoche, présidente du jury du Festival de Cannes 2025. « Le regard doit être neuf. Si on n’a pas besoin de neuf, mieux vaut ne pas se donner à l’art ». Interview conduite par Laurent Carpentier dans Le Monde du 12 mai 2025. Dans son article, le journaliste relate les piques que l'actrice lui a adressées au cours de l'entretien : bel exercice d'humilité, chapeau à lui !

Gérard Depardieu a « été désacralisé » par sa condamnation pour agressions sexuelles, estime Juliette Binoche. Article publié dans Le Monde du 13 mai 2025, avec AFP.

Déshabiller par l’écriture :
Mettre l’actrice à nu dans un article : bien des journalistes en rêvent, certains veulent le réaliser. Après Juliette Binoche, trois reporters jouent les thérapeutes en herbe. Sur le divan du Monde, en août 2025 : trois comédiennes. Pourquoi les femmes plutôt que les hommes ? Pourquoi psychologiser une carrière d’actrice, pas celle d’acteur ? Les réalisateurs ne sont pas les seuls à effeuiller l’artiste :
Renate Reinsve, l’étoile du Nord du cinéma norvégien. Article de Clément Ghys dans Le Monde du 8 août 2025.
Question, à propos du film Valeur sentimentale qui sort en salles mercredi 20 août : « Du vécu ? » Face aux dénégations de la comédienne, le reporter du Monde insiste : « Ce personnage d’actrice qui doute n’aurait donc rien à voir avec vous ? » La réponse de Renate Reinsve est un modèle du genre : « Disons que la vision que le film donne de l’art est la mienne, en ce sens qu’il nous permet de vivre et de dépasser la réalité ».
Dans le brouillard, le journaliste oriente l’interview sur son enfance « dans un milieu familial toxique », précise-t-il. Renate Reinsve esquive, préférant parler de son métier de comédienne.
L’article est illustré par six photographies où l’actrice est réduite à une mannequin faisant la pose.
Isabelle Adjani, les mystères d’une vocation. Série de six articles de Samuel Blumenfeld publiés dans Le Monde du 17 au 22 août 2025. Dans le sixième et dernier article, le journaliste cite l’éditeur René de Ceccatty : au cinéma comme au théâtre, Isabelle Adjani « recherche des personnages en écho avec elle ».
Vanessa Paradis, discrète idole à jamais sur le qui-vive. Article d’Elise Karlin dans Le Monde du 29 août 2025. Face aux questions personnelles que pose la journaliste, Vanessa Paradis fait de la résistance. L’article s'achève par ces mots : artiste « maintes fois récompensée dans tous ses métiers et dans la tête de laquelle veille sans relâche une gamine blessée à jamais sur le qui-vive ».
Là aussi, les photos qui accompagnent l’article sont à oublier. Souhaitons que l'artiste ait perçu un bon cachet après une telle corvée.
À propos, Vanessa Paradis se souvient-elle que Le Monde écrivit le 11 mai 2013, à propos de Love songs : le sixième album de la chanteuse « s’habille d'entretiens redondants, illustrés par des photos qui s'apparentent à un catalogue de mode, voiles transparents, dos nus, et talons en pointes pour Vanessa Paradis, ex-ambassadrice du parfum Chanel ». L’artiste sait aussi « se fâcher devant toute question abordant des vies privées pourtant publiquement étalées. La séparation de Vanessa Paradis et de Johnny Depp, père de ses deux enfants, a été officialisée il y a bientôt un an. Mais les amateurs de couple idéal et hollywoodien ne s'en sont toujours pas remis. D'où une relecture entre les lignes forcément opérée par les scrutateurs, qui s'en donnent à cœur joie dans les vingt chansons de Love songs, dont sept, seulement, ont été composées par Benjamin Biolay, excellent dans le rôle du chevalier servant tendre et décadent. ». Pas sûr que la chanteuse et comédienne ait envie de faire du zèle en 2025, face à l'envoyée spéciale d'un journal condescendant.
 Mis bout à bout, trois articles poursuivent le même but : lever à jamais la part de mystère qui auréole trois femmes et artistes.
Et si dans un prochain film Juliette Binoche, Renate Reinsve, Isabelle Adjani ou Vanessa Paradis tenait le rôle d’un·e journaliste qui fouille l’inconscient des stars avec assurance et jubilation, le tout pour un quotidien national ? Vite, un scénario !