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La canicule, ça commence à bien faire

La canicule, ça commence à bien faire

Imitons Nicolas Sarkozy : listons ce qui nous irrite, puis tordons la formule d'un ex-président. « L'environnement, ça commence à bien faire » et ses variantes : et hop, tout s'arrange !

Entre les élections européennes de juin et les élections législatives de juillet, un Canard enchanté a tendu son micro près des bureaux de vote avec une question toute simple : « D’après vous, qu’est-ce qui commence à bien faire ? » Pour ce faire, il a choisi des électrices et des électeurs qui avaient l’air de mauvaise humeur. Avouons-le d’emblée : dès que les gens prennent la parole, notre brave Canard a un mal fou à les arrêter. Constats puis solution : tentons d’en faire un résumé.

« La canicule, ça commence à bien faire »

La canicule, c’est la faute des immigrés : ils ramènent de l’air chaud d’Afrique avec leurs embarcations. En plus ces types sont noirs et basanés, ça attise les rayons du soleil. Si tous les Français priaient le dimanche, ça ferait revenir les nuages dans le ciel.

La canicule, c’est aussi la faute à Macron : au lieu d’envoyer nos obus en Ukraine, il ferait mieux de viser les cumulonimbus pour faire pleuvoir. Et de donner du fric aux pétroliers pour qu'ils enterrent le CO2. Dès que Marine sera présidente de la République, Douce France aura un climat océanique et tempéré.

« Les immigrés, ça commence à bien faire »

Les immigrés, c’est la faute de la canicule : ça pousse les migrants à traverser la mer Méditerranée avec leurs rafiots (1). On n’a qu’à envoyer nos obus en Afrique au lieu de l’Ukraine : ça fera pleuvoir chez eux.

Les immigrés je n’aime pas parce qu’ils sont différents de moi. Je n’aime pas non plus mes voisins d’en face, même s’ils s’appellent Martin : ils ne votent pas comme moi. En fait les immigrés sont partout, on dirait qu’ils s’infiltrent dans la tête de tout le monde, y compris la boulangère et le boucher : les commerçants montent leurs prix sans me dire merci. Parfois, j’ai l’impression d’avoir raison tout seul. Pardon ? Mais non, je ne suis pas aigri !

En fait il faudrait que les immigrés ne bossent que de nuit, par exemple éboueurs, camionneurs, veilleurs. Comme ça, on ne les verrait jamais. Tiens, et si j’écrivais à Marine pour lui souffler l’idée ?

« Les élections, ça commence à bien faire »

On vote trop en France, d’ailleurs ce sont toujours ceux qu’on ne veut pas qui sont élus. En plus ça fait une montagne de politiciens qui s’enrichissent sur notre dos. Une bonne Constitution c’est un chef, deux ou trois ministres, un maire, une police, et on vote une fois tous les dix ans. Mais je veux qu’on me consulte par référendum dès qu’un sujet me concerne.

Et puis il faut interdire tous les partis qui ne portent pas la mention « national ». Populaire, républicain, démocrate, ça fait mou. D’ailleurs la Nation devrait avoir son monument dans chaque ville, à la place des bibliothèques qui ne servent à rien. Comme une église pour honorer Dieu, il faut une église pour honorer le pays. La visite sera obligatoire de l’école au lycée. Ça, je suis sûr que Marine n’y a pas pensé.

« Les normes, ça commence à bien faire »

Et voilà, encore un PV : je roulais à 108 km/h sur la route départementale. Oui mais moi j’ai un travail et je suis pressé. Ça coûte un pognon de dingue, tous ces panneaux au bord des routes. Les radars hissés sur des mâts de 4 mètres, ça me fait bien rigoler. Ils étaient réputés inviolables : avec des copains et en une nuit, on les a tous fracassés. En plus ma bagnole est sûre : je conduis en hauteur, je suis 100 % fiable au volant, j’ai l’application Coyote activée. Le code de la route, c'est pour les autres.

C’est comme toutes ces normes qui nous empoisonnent la vie : les normes au travail, les normes à la maison, les normes sur l’environnement, les normes, les normes, les normes… La première liberté c’est de vivre comme ça nous chante, et tant pis pour ceux qui n’ont pas de chance.

Au fait il arrive quand, l'IRM dernier cri à l’hôpital ? D’après un interne, il paraît qu’il a du retard car ses rayons sont trop forts pour la santé. Il faut d’abord le régler. Et voilà, encore un règlement. Oui mais mon mal de tête s'aggrave. Qui sait si en réalité un migrant n’a pas rendez-vous avant moi ? Avec Marine, c'est sûr, il y aura de l'argent pour me soigner.

« Les femmes, ça commence à bien faire »

La prochaine vague migratoire, c’est les femmes. Elles débarquent partout ! Avant elles étaient infirmières, assistantes sociales, femmes de ménage, caissières, serveuses en jupe courte. Maintenant elles sont ingénieures, flics, chercheuses, électriciennes, footballeuses. L’an dernier mon chef de service était une femme. Tu parles d’une honte ! Heureusement elle est tombée enceinte, puis elle a changé de crèmerie.

Chaque été je compte le nombre de seins que je vois à la plage. C’est mon petit concours personnel. J’essaie de battre mon record de 1989. Quand elles montrent leurs nénés, je tâte ma virilité. Mais plus le temps passe, plus ces dames se recouvrent. Ce n’est pas à cause du soleil mais de la concupiscence des hommes : je l'ai vu sur Facebook. Le comble de la femme c’est la beauté : je tiens ça de mon grand-père. Par contre montrer son nombril, c’est d’un vulgaire !

À la maison on dirait qu’elles font grève, juste pour voir comment leur mec va s'en sortir. Le soir elles arrivent à la maison après leur mari, alors il faut faire avec ce qui reste au frigo. Dans le lavabo ça m’arrive d’oublier mes poils de barbe. J’ai l’impression qu’elle fait exprès d’y ajouter ceux de ses bras. Ou alors ceux de ses aisselles ? Quand elle met ses pieds sur le canapé, je pars bricoler à l’atelier : au moins ça me calme les nerfs.

Le chômage c’est la faute des femmes : elles n’avaient qu’à pas travailler.

Quand Marine sera Présidente de la Nation, elle sera la mère au foyer de 60 millions de Français.

« Les brocolis, ça commence à bien faire »

À table, la verdure me donne le cafard. En plus le chef cuistot du restaurant où j’ai mes habitudes est maintenant une cheftaine. Sur la carte il y a un menu végétarien. À côté de ma pièce de bœuf il y a du choux-fleur, sauf que le légume est vert. C’est du brocolis, dit le serveur. Il paraît que c’est bon pour la santé. La sauce béarnaise, c’est fini. À la place du roquefort il y a du fromage de chèvre frais aux fines herbes. Et dans la tarte aux fraises, l’huile d’olive remplace le beurre. La gastronomie de bonne femme, ça me fiche le bourdon.

Cerise sur le gâteau : les femmes nous font manger bio.

Moi la France que j’aime c’est celle de la viande rouge, du fromage qui pue, de la bière qui mousse. Le saucisson, ça m’aide à péter. Après chaque repas j’expulse le gaz d'un coup au salon pour que ça claque dans les oreilles. Tiens, je n'ai jamais entendu une femme péter. Ou alors elles le font en douce. D’après le médecin, il y a du sang dans mes selles. C’est normal : le rumsteck, je l’aime saignant.

« L’environnement, ça commence à bien faire »

Ok je ne m’appelle pas Nicolas mais je la reprends à mon compte car franchement, les écolos c’est de la ronce : ils nous empêchent d’avancer. Il ne faut pas faire des mégabassines. Il ne faut pas mettre de pesticides. Il ne faut pas prendre l’avion et la voiture. Il ne faut pas acheter de la viande au supermarché. L’écologie punitive, c’est le cancer d’un pays.

D’accord j’habite près de la côte, là où on a subi inondations sur inondations cette année. Notre maison va être rachetée par l’État, on va nous déménager vingt kilomètres en amont. J’ai déjà préparé les plans, je vais ajouter un garage, une véranda, la climatisation puisque tout est payé. C’est vrai que cette eau de mer qui monte qui monte, ça fait peur. Mais de toute façon c’est trop tard, et puis je n’ai pas envie de me sacrifier pour les suivants. On n’a qu’une vie. Ceux d’après feront comme moi : retrousser leurs manches et se débrouiller.

Pardon de vous laisser, il faut que j’arrive chez moi avant que la piscine ne déborde : je suis en train de la remplir pour dimanche prochain. C’est mon anniversaire, j’espère que cette année la famille aura de bonnes idées. En tout cas meilleures que l’an dernier. À table de la bidoche, et dans le flacon pas de bibine. Au fait j’ai une fille de 27 ans, elle s’appelle Marine. Comme par hasard !

Salwa Canard     

(1) Les Français interrogés semblent face à un dilemme : la canicule, est-ce la faute des immigrés ? Ou les immigrés, est-ce la faute de la canicule ?

• Où et quand Nicolas Sarkozy, alors président de la République, a-t-il dit : « L'environnement, ça commence à bien faire » ? Au salon de l'agriculture le 6 mars 2010. La phrase exacte est :  « Je voudrais d'ailleurs, au point où j'en suis, dire un mot de toutes ces questions d'environnement. Parce que là aussi, ça commence à bien faire. Je souhaite qu'on montre l'exemple, mais qu'on avance en regardant ce que font les autres. Parce que sinon, il n'y aura bientôt plus d'éleveurs de porcs chez nous ».

* Image d'illustration : Dalle-3