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La prochaine lettre de Marine à Emmanuel (1)

La prochaine lettre de Marine à Emmanuel (1)

Un Canard se fait petite souris tandis qu'une femme suce son stylo puis cherche ses mots. Marine et Manu ont tant de choses à se dire (1).

Mon cher Emmanuel,

Un grand merci à toi d’avoir joint les voix de ton parti aux nôtres pour faire voter la loi sur l’immigration que je voulais. Tu as mis six ans à tergiverser, mais à présent te voilà dans le droit chemin. Sous ma dictée, tu mets tout étranger sur le gril pour qu’il regagne dare-dare sa mère patrie. Lors du prochain conseil des ministres, pense à offrir de ma part un bonbon à notre assistant commun : Gérald Darmanin. Je t’en fais livrer aussitôt un paquet avec le sigle RN.

Sous ma houlette et juste avant Noël, tu remets en cause le droit du sol, tu crées une caution pour les étudiants étrangers, tu fermes des hébergements d’urgence, tu durcis les aides sociales aux étrangers en situation régulière, tu réformes l’aide médicale d’État. Et maintenant, tâche de mettre le Conseil constitutionnel au pas.

« Votre voix m’oblige » as-tu déclaré aux Françaises et aux Français après les élections présidentielles, en mai 2022. Mais comme tu es un excellent comédien, à la fin de ta tirade tu as mis trois petits points. Le moment est venu de remonter sur scène. Le 31 décembre à 20 heures, va au bout de ta pensée : « Votre voix m’oblige à me jeter dans les bras de Marine, puis à épouser ses convictions à défaut de pouvoir lui passer la bague au doigt ». Mais ce n’est que partie remise, cher Emmanuel.

Car en mai 2027, quand tu m’auras cédé ta place à l’Élysée, je te propose un contrat à la russe. Dans le sillage de Medvedev et de Poutine, nous allons inverser les rôles tous les dix ans. En mai 2027 tu deviens mon Premier ministre ; en mai 2037 je suis ton chef de gouvernement. Et ainsi de suite jusqu’à ce que l’œuvre de notre vie commune soit achevée. Je parie d’avance que je te survivrai.

Figure-toi que j’ai presque fini de composer notre futur gouvernement. Aux ministres et députés méritants de ton parti, je réserve des postes de choix. À Gérald Darmanin le ministère de la guerre, à Yaël Braun-Pivet le ministère de la natalité et des traditions familiales, à Élisabeth Borne le ministère des transports routiers, à Bruno Le Maire le ministère du culte. J’hésite encore pour le ministère de l'identité nationale et celui des beaux-arts. En revanche, nous sommes cohérents : en mai 2027 il n’y aura ni ministre ni secrétaire d’État aux droits des femmes. Car l’heure sera à la juste répartition des tâches entre les sexes, dans une France réconciliée avec ses traditions.

Cher Emmanuel, n’oublie pas que nous avons encore du pain sur la planche. Nous avons à légiférer sur la nomination des juges, la future radiotélévision d’État, la refonte des cours d’histoire, l’éducation sexuelle, la peine de mort dans la Constitution, un quartier de haute sécurité dans le Pacifique, la dissuasion de l’homosexualité, la fin du Nutri-score, la suppression du permis à points, le litre d'essence à 1 €, le nouveau code de la santé, le soutien à l’agrochimie, l'interdiction de l'écriture inclusive, la préférence nationale sur le droit européen, la suppression de l’impôt sur la fortune immobilière. Car toi et moi suivons le même cap : dans une France libérée de ses intrus, les milliardaires feront ruisseler l’argent. Ils offriront toit et voiture à l’infirmière française comme au maçon français.

Et puisqu’il te reste trois ans avant de devenir mon Premier ministre, je t’ordonne de faire voter quelques lois impopulaires d’ici mai 2027, ainsi tu auras fait place nette avant que je ne gravisse les marches de l’Élysée. Tu as bien fait de promulguer la loi qui reporte l’âge du départ à la retraite. Car en toute franchise, jamais je n’aurais osé faire front au peuple français. Il faut aussi que tu réformes le droit aux allocations-chômage, le droit du travail, le droit aux aides sociales. Un tel pognon de dingue n’a plus de raison d’être puisqu’il suffit désormais de traverser la rue - sans être agressé par un étranger - pour trouver un job rémunéré. Toi le banquier, je te sais à l’aise pour redresser les finances de l’État : déficit inférieur à 3 % du PIB, endettement maîtrisé. Voilà le cap je te fixe jusqu’à la fin de ton deuxième mandat.

Et surtout, que ta main ne tremble pas au moment de promulguer une loi, comme tu le fis au printemps dernier avec la réforme des retraites.

Cher Emmanuel, à l'aube d'une nouvelle année j'apprécie que tu mobilises tes ministres, tes députés, tes sénateurs pour que ma loi sur l’immigration installe la France sur les bons rails en 2024. Et même si parfois nous faisons semblant d’être en désaccord, au fond l’expérience montre que nous partageons un projet commun. Tiens, peut-être ferons-nous ensemble un bambin aux yeux bleus dans quelque appartement privé, par exemple au fort de Brégançon ? J’espère que ta virilité reste intacte après dix ans de présidence. Car la France doit coûte que coûte retrouver une natalité supérieure à 2,1 % par femme. Comme tout citoyen français, tu as une responsabilité. De mon côté, le travail est déjà fait. Tel un vieux couple je reste Marine, tu deviens Manu.

Cher Manu, je te décerne quatre bons points pour tes quatre dernières sorties de l’année. Une directive de l’UE améliore les conditions de travail des livreurs, chauffeurs, coursiers à la solde d’Uber & Cie ? Sur tes ordres, la France vote contre. Une autre directive oblige chaque entreprise à veiller aux droits humains et à l’environnement sur ses chaînes d’approvisionnement ? Tu en fais exclure le secteur financier. Les écarts de langage et de conduite de Gérard Depardieu ? Tu laisses entendre que les journalistes de France Télévisions ont truqué leur reportage. Anticor nous importune en luttant contre la corruption des élus ? Tu lui retires le droit de se constituer partie civile dans les affaires d’atteinte à la probité. Ainsi tu sèmes pour moi les graines pour que les Français détestent l’Europe, parlent et agissent comme des Gaulois, aient envie de tricher comme nos ministres et députés. Grâce à toi ça va sentir le camembert jusqu’en mai 2027. Lors de la passation de pouvoir, prépare une poule au pot avant de me remettre les clés du Château.

Cela dit, je reste vigilante sur les trois ans qui te restent à l’Élysée. Car tu es parfois imprévisible avec ta façon de prendre des initiatives. Par exemple, la convention citoyenne sur le climat. Dieu merci, tu as l’art de la pirouette. Aujourd’hui tu réclames puis obtiens une pause réglementaire sur les normes de pollution automobile, après avoir rangé le rapport de 150 citoyens au fond d'un tiroir. De même, je te trouve un brin arrogant avec les chefs d’État africains. Ta façon de chambrer en public celui qui avait un besoin pressant te fait passer pour un enfant. Pour ma part, j’incarnerai la francophonie avec solennité.

Bref, après t’avoir bien évalué je pense que tu ferais un bon élève à Matignon. Mais ne te hasarde pas à me doubler par la droite ou par la gauche : aux faux amis, ma disgrâce est sans pitié.

Cher Emmanuel, quand partageons-nous le vin de l’amitié ?

Au fait, pense à nettoyer la moquette avant de quitter l’Élysée en mai 2027.

Mon bon souvenir à Brigitte,

Marine

PS : tu te rends compte ? De LR au Modem en passant par Horizons et Renaissance, nous avons désormais quatre forces politiques d'appoint autour du RN. Rassemblement, c'est plus mobilisateur que Front. Ciotti, Pivet, Maillard, Véran, Marleix : de braves petits soldats. Si avec ça on ne règne pas en tandem jusqu'en 2100 !

Selena Canard     

* Image d'illustration : Dall.e2