Le 22 mai 2022
Mai 2022 : une canicule fait rage sur la France. Sécheresse et incendies portent Yannick Jadot au pouvoir. Lequel surprend son monde avec une mesure toute simple…
La campagne électorale en vue des élections présidentielles 2022 se déroule dans un climat torride. Une alternance d’anticyclones et de dépressions provoque une météo chaotique. Un déluge de pluie s’abat sur Nantes. Une tornade ravage la forêt landaise. Des grêlons de la taille d’une balle de tennis perforent les toitures à Nice. Paris culmine à 45 degrés sous abri. Dans la panique générale, la langue pendante, les Français se traînent jusqu’au bureau de vote le plus proche. Dans un instinct de survie, ils portent Yannick Jadot au pouvoir.
Le Monde commente fin juin : « Il aura fallu attendre une catastrophe climatique pour qu’un raz-de-marée écologiste occupe les bancs de l’Assemblée Nationale. » Libération ajoute : « Dans un accès de colère, la planète Terre vient de renvoyer Macron et son ancien monde dans les vestiges de l’histoire. »
Le microcosme des décideurs, à l’abri dans ses gratte-ciel climatisés, lorgne le premier faux pas d’un débutant en politique. Comme il semble intimidé, ce brave Yannick Jadot, sur les marches de l’Élysée. FMI, BCE, OMC : de Bruxelles à New-York, l’on est sûr de tenir la France par la laisse grâce à une montagne de conventions internationales.
Trois ans plus tôt, Yannick Jadot a pris dix minutes de son temps pour lire La dictature de l’impatience dans le supplément Science & Médecine du Monde. Il a compris comment débits et vitesses mènent l’humanité dans le mur. De 1930 à 2010, un plan de cinéma est passé d’une durée de 12 secondes à 2,5 secondes. De 1986 à 2015, un tube musical est passé de 94 à 101 battements par minute. Une page web, une appli qui met plus de deux secondes à s’ouvrir perd les trois quarts de ses visiteurs. Quant à attendre son plat chaud au restaurant, seuls quelques papis-mamies rechignent encore à se faire livrer une pizza par un drone.
Au cours de la campagne électorale, Yannick Jadot parle peu. De sinistre en sinistre, il arpente la France. Le 1er mai 2022, l’hécatombe s’élève à 517 955 morts, surtout en bord de mer et dans les treize métropoles où la température ne descend pas en dessous de 35 degrés. Yannick Jadot serre des mains, le visage fermé. Dans sa tête, il relit l’article de Laure Belot. Soudain, il a une idée.
Le leader d’EELV a beau manquer d’expérience en politique, il sait que tout écart de conduite, par exemple un déficit public supérieur à 3 % du PIB parce que l’État a investi dans les énergies renouvelables, sera durement réprimé par la Commission européenne. Quelle est la marge de manœuvre d’un président de la République quand économie et politique se décident aux sièges de l’OMC, du FMI et des GAFAM ? C’est alors que Yannick Jadot pense à Jacques Chirac. À trois heures du matin, entre un incendie à Troyes et une inondation à Sète, il claque des doigts.
Yannick Jadot vient de comprendre que la poignée de marionnettistes qui mènent le drame ont pensé à tout, sauf à retirer à l’État un pouvoir régalien : la sécurité. Dès lors, c’est au nom de la sécurité que le président de la République signe le décret limitant la vitesse autorisée à 70 km/heure sur les autoroutes et voies rapides, 50 km/heure sur les routes secondaires et 30 km/heure dans les communes. Il fait réserver une voie aux autocars sur les grands axes. Sécurité encore : il fait couper la 5G, puis la 4G, puis la Fibre, ramenant la France au rythme de l’ADSL. Sécurité toujours : il limite la vitesse autorisée à 350 km/heure pour tous les transports publics, ce qui suspend les vols au-dessus du territoire français. Sécurité enfin : il fait rénover de toute urgence le réseau ferroviaire français, y compris la petite ligne entre Angoulême et Limoges, celle entre Clermont-Ferrand et Brive-la-Gaillarde, ou encore celle entre Morlaix et Roscoff. Pour rénover les voies, il passe contrat avec le secteur privé contre le versement d’un péage (négocié avec sérieux cette fois-ci, pas comme du temps des autoroutes concédées).
Merci Jacques Chirac… Grâce à toi et à tes radars, la France a (un peu) ralenti. Je reprends ton idée, mais je l’améliore car je refuse l’écologie punitive. Au nom de la sécurité, je fais poser un limiteur de vitesse dans chaque véhicule relié au réseau européen de radionavigation Galileo. La sécurité sanitaire impose de contenir les ondes wifi.
Mise au ralenti, la France s’observe, incrédule. Soudain, il faut un temps fou pour charger une vidéo sur Youtube. Il devient laborieux d'acheminer du miel chinois dans un supermarché francilien. Pour s’informer, il faut un journal. Pour se distraire, il faut un cinéma. Pour se déplacer, il faut aller à la gare, puis monter dans le train.
En quelques mois, l’économie et l’administration se réorganisent. Ici il faut créer une manufacture. Là il faut rouvrir une école. Les Français fuient les 13 métropoles où s’accumulaient les richesses pour trouver un boulot et un toit à Vierzon ou à Guéret. La « mobilité » se mesure désormais en poignées de kilomètres.
Dans son bureau, Yannick Jadot est parfois pris par le doute : « Serais-je en train de conduire la France à rebours du sens de l’histoire ? » Car loin d’avoir les chevilles qui enflent, le Président a une conscience intime de sa responsabilité. Son prédécesseur disait : les pauvres, ça coûte un pognon de dingue. Lui songe : la vitesse, ça coûte la vie.
Pendant ce temps, la France qui ralentit est observée de New-York à Bruxelles. Non, la France n’est pas en train de chanter « le bon vieux temps ». Elle est juste en train de désobéir aux marionnettistes qui mènent le peuple à un train d’enfer pour mieux le dompter. D’ailleurs, l’on voit pousser des arbres sur les autoroutes abandonnées. Et fleurir des coquelicots sur les pistes d’aéroports. Et grandir des étangs sur les parkings d'hypermarchés. En appuyant sur le frein, par mesure de sécurité, un Président a entrepris de réparer un pays.
Et c’est ainsi que, peu à peu, d’autres rois, d’autres chancelières, d’autres dictateurs, d’autres présidentes se mirent à douter : « Et si, moi aussi, j’essayais ? »
Noémie et Tristan Canard
- EELV : Europe Écologie Les Verts, parti écologiste français
- OMC : Organisation Mondiale du Commerce
- FMI : Fond Monétaire International
- BCE : Banque Centrale Européenne
• Point de départ de cet article de politique-fiction : La dictature de l’impatience, article de Laure Belot dans le supplément Science & médecine du journal Le Monde du mercredi 26 juin 2019.
• Photographie : un train couchette de la Compagnie internationale des wagons-lits. Prise de vue effectuée à la Cité du train Patrimoine SNCF à Mulhouse.


