Passa Païs, une voie verte de 1ère classe
De Mazamet (Tarn) à Bédarieux (Hérault), une piste cyclable remplace une voie ferrée puis fait la joie des usagers. Cap sur 71 kilomètres de santé ?
En enfourchant leur bécane devant la gare de Mazamet, bien des cyclistes ignorent qu’ils vont pédaler sur un chemin où courait jadis une voie ferrée. Un rail par-ci, un panneau de signalisation par-là : de rares vestiges témoignent que de 1889 à 1985, des trains ont transporté du bois, des pommes, des cerises, de la laine. Quant aux voyageurs, l’aventure prend fin en 1972 : le Premier ministre Jacques Chaban-Delmas fait fermer des dizaines de petites lignes déficitaires. Pourtant, l’ingénieur Frédéric Ritter qui a construit la ligne il y a 140 ans pourrait se réjouir, de même que les ouvriers.
Car au lieu de finir dans la ronce, 71 kilomètres de piste ont entamé une seconde vie (1). Que se trame-t-il de Mazamet à Bédarieux, entre 1985 et les années 2010 ? Après le passage du dernier train, la SNCF hésite. Un entrepreneur des Cévennes veut y faire circuler des vélos-rails. Vite on défriche mais l'idée tourne court : sur une ligne à voie unique, les draisines ne peuvent se croiser. Puis une association y affrète un autorail de couleur bleue. Dans les années 1990, les touristes vont de Bédarieux à Mons-la-Trivalle en quarante minutes. À l’arrivée, ils rejoignent la foule dans les gorges d’Héric. Le train circule deux étés, puis les rails se couvrent à nouveau de broussaille. Vingt années durant il ne se passe rien. Rien. Alors les arbres poussent, les ponts rouillent, il y a des chutes de pierres dans un tunnel. Ah si : au début des années 2000, la SNCF fait tout déferrer. Du métal de qualité fait la joie d’un ostréiculteur, lequel crée son bassin en mer Méditerranée.
Train de sénateur
Passa Païs : piste cyclable stabilisée avec du sable compacté.
Face à une voie toute nue, à l’aube du XXIe siècle naît une idée. En 2005 on ne parle pas encore de « mobilités douces », mais le vélo retrouve des couleurs. Les fabricants inventent le VTT puis le VTC. Quant aux vélos électriques, ils ne vont pas tarder. Comment donner envie de vélo ? De rares élus comprennent qu’il faut les séparer des autos. Et c’est ainsi que l’axe qui relie Mazamet à Bédarieux devient la voie verte en montagne la plus longue de France : en 2013 et sur 71 km, la Passa Païs est née (2).
Facile, aménager une voie verte ? Hum ! D’abord, la SNCF a déjà vendu des parcelles à des agriculteurs, des entreprises, des particuliers : ici il faudra les contourner, là racheter un bout de terrain. Ensuite, il faut que dans les deux départements que sont le Tarn et l’Hérault, tous les élus se mettent d’accord, y compris les 25 communes traversées (3). Enfin et surtout, il faut quelques millions d’euros car il faut abattre des arbres, couper la ronce, boucher les trous, terrasser, répartir du sable compacté, repeindre les ponts, éclairer les tunnels, fixer des palissades, poser une signalétique… puis en parler. En fait la voie verte n’ouvre au public qu’après cinq ans de chantier. Aujourd’hui encore il faut tantôt la réparer, tantôt l’améliorer.
La cloche sonne à la gare
La Passa Païs, voie verte et cycliste à Olargues (Hérault).
Dix ans plus tard, au sud du Massif central la voie verte attire du monde. Entre deux falaises, dans un tunnel, sur un viaduc, proche des vignes, dans un sous-bois : en 71 kilomètres, la Passa Païs mène les cyclistes de hautes futaies aux pins méditerranéens. Des panneaux invitent à la fugue : cap sur Olargues puis les gorges de Colombières. La gare de Lacabarède est devenue une maison d’hôte où l’on fait de la peinture ; celle de Saint-Étienne-d’Albagnac, un restaurant ; celle d’Hérépian, le musée de la cloche et de la sonnaille. À Saint-Amans-Soult, un couple ouvre un snack. À Mons-la-Trivalle, on se serre à l’épicerie. Et c’est ainsi que le vélo remet une vallée sur les rails avec des chambres d’hôte, des boulangeries, de l’emploi.
Mais le plus étonnant peut-être est de découvrir que sur la Passa Païs, les touristes côtoient les habitants. Sur une piste toute plate ou en pente douce - les trains détestent les côtes -, les anciens ressortent leurs vélos. Les sédentaires y posent un orteil, papa ou maman va chercher son enfant à l’école en triporteur, on y organise même des trails à deux-roues. Comme si une piste confortable et sécurisée redonnait le goût de bouger. À sa manière, la Passa Païs démontre qu’une voie verte, même en milieu rural, est un projet d’actualité. En vélo on ne pollue pas, on ne fait pas de bruit, on garde la santé, on y fait même des rencontres. En une semaine deux Canards enchantés papotent avec une serveuse à Lamalou-les-Bains ; puis un bénévole qui crée un banc avec deux traverses en bois SNCF ; puis une éducatrice dans un centre pour toxicomanes ; puis un chasseur de têtes repenti qui cherche des nourrices à l'aise avec l'anglais pour des familles anglo-saxonnes. Passa Païs, cap sur le paradis ?
Zones de danger
Sur la Passa Païs, les tunnels sont éclairés.
Pas tout à fait. Après Saint-Étienne-d’Albagnan puis Colombières-sur-Orb, la voie verte croise une route départementale à fort trafic. Comble de l’ironie : en Tarn et en Hérault, deux départements portent la vitesse de 80 à 90 km/h. Comme si la célérité des autos comptait davantage que la sécurité des vélos. Un panneau à 70 km/h par-ci ; un peu de peinture blanche par là : à peu de frais, deux présidents de conseils départementaux font la politique de l’autruche. Passa Païs, « hachoir à cyclistes » ? Paradoxe : en d’autres points du parcours, il existe des passages souterrains.
Et si l’Hérault faisait un ultime effort : réparer tunnel et pont de Saint-Étienne-d’Albagnan à Colombières pour parachever la plus occitane des voies vertes ? Si près du but : cela vaut le coup de s’y atteler.
Ibrahim Canard
(1) La Passa Païs fait 71 km - vérification faite sur notre compteur - de Mazamet à la fin de la voie verte à Bédarieux. Et non 76 ou 80 km comme écrit par erreur sur de nombreux sites Internet.
(2) Plus précisément, la Passa Païs est la voie verte la plus longue de France, s’agissant d’un itinéraire vélo en site propre aménagé sur une ancienne voie ferrée. Quant à l’année de son ouverture, elle n’est indiquée nulle part. En croisant les témoignages sur place, l’année 2013 tient la corde.
(3) Si nous avons bien compté, la voie verte Passa Païs dessert 25 communes de Mazamet à Bédarieux.
• Cinq anciennes voies ferrées pour pédaler sans se fatiguer. Dans Le Monde du 26 octobre 2024, la journaliste Cécile Cazenave présente cinq voies vertes et cyclables : Ardèche, Orne, Bresse, Finistère. La Passa Païs fait partie de sa sélection. Article du Monde paru après la mise en ligne de cette chronique.
Attention, au départ !
La Passa Païs épouse le tracé d'une ancienne voie ferrée qui reliait Mazamet à Bédarieux dans le Tarn puis l'Hérault, en Occitanie.
• Comment y aller ?
En train TER Occitanie, cap sur Mazamet : la voie verte débute dès la sortie de la gare, piste sur la gauche. On peut aussi la faire dans l’autre sens, départ de Bédarieux, mais place de la gare la piste n’est pas fléchée ; et il faut deux kilomètres dans la circulation urbaine pour rejoindre la Passa Païs.
• Avec quel vélo ?
L’idéal est un VTC équipé de deux sacoches pour éviter de tout porter sur son dos. Éviter le vélo de route car le sable compacté ne convient pas aux pneus de route. On peut opter pour un VTC à assistance électrique.
Il est recommandé d’avoir des pneus tubeless pour éviter les crevaisons. Même si la voie verte Passa Païs est équipée de pompes à air, il est prudent d’en mettre une de bonne qualité dans une sacoche.
Porter des gants de cyclistes est utile pour éviter les ampoules.
À la sortie est de Mazamet et le long de la Passa Païs, il y a deux loueurs de vélos.
• Où dormir ?
Nous avons fait le parcours en cinq jours, sachant que deux Canards enchantés ont quitté la voie verte pour explorer des villages, barboter dans le Jaur, et même remonter les gorges d’Héric grâce à une piste bitumée.
Voici nos belles adresses du printemps 2024. Nos critères : une chambre à moins de 70 €, un garage fermé pour y mettre son vélo, l’accès à une prise électrique pour recharger la batterie, un lien direct avec le propriétaire sans passer par Booking, Airbnb & Cie - stop aux commissions.
À Saint-Amans-Valtoret : chambre d’hôte Les herbes folles, Tél. 06 21 71 27 95. Accès au site. La chambre d’hôte se trouve à environ 40 mn de vélo de la gare de Mazamet, ce qui permet de faire un premier tour de roue si l’on arrive à Mazamet dans l’après-midi. En outre, le début de la Passa Païs est la partie la moins intéressante du trajet : on longe une route départementale bruyante et polluante.
À Olargues : hôtel-restaurant Laissac-Speiser, Tél. 04 67 97 70 89. Accès au site. L’hôtel est tout près de la voie verte, dans un village réputé pour son castrum et le pont du diable qui enjambe l’Orb.
À Mons-la-Trivalle : chambres d’hôte Les 2 chemins, Tél. 07 86 58 19 72. Accès au site. Trois chambres d’hôte de plain-pied dans le jardin du propriétaire, dont l’une est un chalet. De Mons-la-Trivalle, on a accès aux gorges d’Héric. Un peu plus loin, à Colombières-sur-Orb, on a accès aux gorges de Colombières.
À Bédarieux : chambre d’hôte Domaine de Pelissols, Tél. 06 78 35 61 97. Accès au site. Les chambres d’hôte se trouvent dans une ancienne ferme en pleine campagne au nord de Bédarieux. Accès par une petite route en impasse qui longe l’Orb (rive est) sur 2 kilomètres.
Et en cas d’aller et retour sur la Passa Païs :
• À Mazamet : chambres d’hôte Alba La Source, Tél. 06 80 25 39 08. Un charmant monsieur à la retraite a racheté il y a dix ans une demeure historique bâtie en 1820. Avec patience et ténacité, il la restaure et la meuble pour lui redonner son lustre d’antan. Eugène Alba Lasource, un industriel local qui a bâti sa fortune dans la filature, y avait son bureau et ses appartements. Au rez-de-chaussée, la première chambre d’hôte est basique. Au deuxième étage la seconde a du style, mais elle est plus chère. Christian n’a pas de site web, on trouve ses chambres sur Booking & Cie, mais il préfère qu’on l’appelle au téléphone pour réserver.
La Passa Païs à Labastide-Rouairoux. Un viaduc enjambe le Thoré.
• Ici et là, le sable compacté laisse la place à du goudron : il faut ménager un accès aux riverains.
• À Saint-Amans-Soult, un snack-bar a ouvert au printemps 2024 dans la rue principale : Croc’Soult. Salades et sandwichs sauf le dimanche après-midi et le lundi.
• À Saint-Étienne-d’Albagnan, juste après la gare, une flèche vers la droite « L’Hérault à vélo » induit en erreur. En réalité il faut continuer tout droit.
• Après Saint-Étienne-d’Albagnan, la voie verte quitte l’ancienne voie ferrée pour 2 km de grimpette dans la garrigue. C’est la partie la plus sportive du tracé. Il faut, soit avoir de bons mollets, soit solliciter la batterie, et surtout tenir en équilibre sur son vélo : attention les virages. À quand un tunnel et un pont remis en état pour que la voie verte épouse l’ancienne voie ferrée ?
• À Mons-la-Trivalle, on peut faire les gorges d’Héric à vélo grâce à une piste bitumée. Le parcours est déconseillé en été : il y a foule.
• À Colombières-sur-Orb, le couple de gérants qui tient le snack-bar a accepté de garder nos vélos lors d’une échappée pédestre dans les gorges de Colombières, plus sauvages et moins fréquentées que les gorges d’Héric. Deux Canards enchantés ont déjeuné sur place avec un verre de limonade : un service tel que la garde d’un vélo se rend plus volontiers quand routarde et routard sont aussi des clients.
La Passa Païs a beau être en montagne, l''itinéraire est plat ou en pente douce, avec viaducs et tunnels en Tarn et en Hérault.
• La Passa Païs a son site web, elle fait partie du réseau VélOccitanie.
• L’office de tourisme du Minervois au Caroux présente la Passa Païs sur son site.
• Le département du Tarn présente la Passa Païs sur son site.
• Le parc naturel régional du Haut Languedoc présente la Passa Païs sur son site.
• Grand Orb tourisme présente la Passa Païs sur son site.
• L’office de tourisme de Castres-Mazamet présente la Passa Païs sur son site.


