Pourquoi le cerveau ne vote pas écolo
Une tribu de canards enchantés mène une enquête qui, sans prétention scientifique, a un parfum d’actualité en ces jours de canicule.
Nous avons interrogé 50 personnes (1) : « Quel est le dernier trajet que vous avez effectué en voiture ? » Que le déplacement soit motivé par un motif professionnel ou personnel, nous l’avons intégré dans notre tableau de 50 trajets. Ensuite, nous avons vérifié si, pour chacun de ces trajets, il existe une alternative crédible en transports en commun : train, tram, car, bus. Enfin, nous avons vérifié si le même trajet aurait pu être effectué avec un vélo à assistance électrique.
Nous avons ainsi rassemblé un panel de 40 trajets qui répondent à un critère : le trajet aurait pu être réalisé avec un autre moyen de transport que la voiture.
Dans un second temps, nous avons épluché chaque trajet dans sa version transport en commun ou vélo. Nous avons évalué le temps de parcours entre le point de départ et la station la plus proche (gare, arrêt de bus…). Nous avons calculé la durée du trajet en transport en commun par rapport au même trajet effectué en voiture. Enfin, nous avons évalué le temps de parcours entre la station d’arrivée (gare, arrêt de bus…) et le point de destination final.
Résultat : sur les 40 trajets étudiés, le temps de parcours en voiture est plus court qu’en transport en commun ou vélo dans 36 cas. L'écart est en moyenne de 20 % entre la voiture et la solution alternative. Les 4 cas où le vélo, le train ou l’autobus ont gagné la bataille de la vitesse sont des trajets en milieu urbain.
En faisant une moyenne, nous arrivons à la conclusion suivante : dans 80 % des cas, le voyageur avait la possibilité de choisir un transport en commun ou le vélo pour réaliser son trajet, avec une durée de trajet d’1 h 15 au lieu d’1 h en moyenne.
Et pourtant, 40 personnes ont choisi de prendre leur voiture…
Notre étude fait écho à des recherches scientifiques récentes qui dressent le même constat : notre cerveau est incapable de faire des choix de vie écologique. Explication : le cerveau recherche systématiquement la solution la plus facile pour atteindre son objectif. « Le cerveau est par nature paresseux », résument les chercheurs. De même, le cerveau cherche les plaisirs à court terme au détriment de satisfactions à long terme. Enfin, le cerveau humain se sait mortel. Pris dans un compte à rebours, il s'efforce de faire bombance avant d'aller un jour sucrer les fraises (2) près du cimetière. Concrètement, Homo Sapiens choisit de monter dans sa voiture parce que c’est le moyen le plus simple, le plus facile, le plus confortable de se rendre à la destination désirée. Et ce, même si la voiture est un moyen de transport dangereux, cher et polluant.
Notre enquête ne fait, au fond, que corroborer les études neurologiques réalisées au cours de ces dernières années.
On peut ainsi postuler que le flot de voitures qui encombrent nos rues et nos villes pourraient être divisé par cinq si chaque citoyenne et chaque citoyen décidaient de faire un geste pour la planète avant de se rendre d’un point A à un point B, souvent situé à moins de 5 kilomètres l’un de l’autre. Peu importe que l'individu ait ou non des « problèmes de fin de mois » : son cerveau fait le choix le plus facile pour aller droit au but, sans effort.
La science démontre qu’il est impossible de définir et de mettre en œuvre une politique en faveur de l’environnement (biodiversité, climat, etc.) puisque nos concitoyens déposent dans l’urne le bulletin de vote qui, pensent-ils, leur facilitera la vie. Une politique en faveur de l’environnement implique des contraintes et des efforts que le cerveau d’Homo Sapiens refuse de subir.
En résumé, les écologistes de France et de Navarre resteront minoritaires puisque le cerveau de 40 millions d'automobilistes décrète, même quand grimpe le mercure : « La rôtissoire, c’est pour ceux qu'il y a derrière. Après moi le déluge. »
Et comme nos petits-enfants et arrière-petits-enfants n’ont pas (encore) le droit de voter…
Salwa Canard
• Le bug humain, livre de Sébastien Bohler (Robert Laffont)
• Le syndrome de l'autruche, livre George Marshall (Actes Sud/Colibris)
• La paresse nous viendrait de nos gènes, article de Soline Roy dans Le Figaro du 16 avril 2014
• Nous sommes programmés pour la paresse, article de Boris Cheval, Matthieu Boisgontier et Philippe Sarrazin publié le 5 avril 2019 sur le site The Conversation.
• Photographie : le tramway, place de la République à Dijon.
(1) 50 personnes en bonne santé, aptes à prendre les transports en commun ou à circuler à vélo, habitant en zone urbaine, péri-urbaine ou rurale.
(2) Sucrer les fraises : expession imagée qui signifie : devenir gâteux. Un Blog raconte l'origine de la métaphore.


