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Quelle « initiative républicaine » ?

Quelle « initiative républicaine » ?

Début 2024, Emmanuel Macron annonce une « initiative républicaine » majeure. Le président ménage le suspense. Un Canard enchanté a sa petite idée.

À la mi-janvier, le Conseil constitutionnel devrait censurer une partie de la loi immigration que le Parlement a votée un mois plus tôt. Déjà, les élus LR et RN s’apprêtent à dénoncer le pouvoir excessif des juges. Dans la foulée, ils vont réclamer une réforme de la Constitution. Alors Emmanuel Macron va les prendre au mot.

Dès la décision rendue par le Conseil constitutionnel, le président de la République va rebondir sur l’événement. Il va provoquer un référendum en vue de changer la constitution. Parmi les réformes proposées aux Français, il y aura l’affirmation de la préférence nationale, un renforcement du droit du sol, mais aussi l’élargissement du champ du référendum à des questions de société. Pour faire bonne mesure, Emmanuel Macron y ajoutera peut-être un assouplissement du référendum d’initiative populaire (RIP). Mais surtout, le référendum portera sur le mandat présidentiel.

Référendum sur le mandat présidentiel

À son deuxième mandat, Emmanuel Macron n'accepte pas l’idée de dire au revoir à l’Élysée en 2027. Pour l'instant, la constitution limite un mandat présidentiel à 2 X 5 ans consécutifs, soit dix ans. Or, Macron se voit mal attendre les élections présidentielles de 2032 pour revenir à l’Élysée. Donc il veut abroger la règle des deux mandats consécutifs. Ou plutôt, il veut que les Français se chargent de l'abroger.

Pour convaincre les Français de dire « oui » à un mandat présidentiel renouvelable à satiété, Emmanuel Macron va avancer plusieurs arguments. D’abord, le président de la République est le seul élu à voir son mandat limité dans le temps. Députés, maires, conseillers départementaux et régionaux peuvent se représenter à volonté. Alors pourquoi brider le mandat présidentiel alors que le président de la République incarne la France ? Garante du régime présidentiel, la Ve République doit laisser un président agir dans la durée.

D’autre part, Emmanuel Macron va insister sur le fait qu’il est le seul recours face à Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon en 2027 ; droite et gauche étant disqualifiés depuis bientôt dix ans. « Moi ou le chaos » est un argument qu’utilisa jadis Charles De Gaulle à ses dépens, lors d’un référendum en 1969. Emmanuel Macron fait le pari que 55 ans plus tard et face aux périls, les Françaises et les Français lui donneront l’absolution.

Enfin, Emmanuel Macron va défendre l'idée qu’il est le seul homme politique capable d’affronter une crise où s’enchevêtrent des guerres, le terrorisme, les ravages du climat, le chômage, l’inflation, les incivilités, bref une nation aux abois. Fort de son expérience, il veut se présenter aux Françaises et aux Français comme un recours. En sept ans, les citoyens ont pu jauger le charisme d’un homme qui puise dans la trilogie « travail, famille, patrie » matière à donner un cap à la France.

Rebondir sur le Conseil constitutionnel

Fin janvier ou début février, le président de la République va donc saisir l’opportunité d’une décision au Conseil constitutionnel pour dramatiser le débat. Face aux « périls venus d'ailleurs », il expliquera que l'heure est grave : le peuple français doit reprendre son destin en mains avec un référendum. Pris en tenailles entre le Conseil constitutionnel (janvier) et les élections européennes (juin), les Français se rendront aux urnes avec un sentiment d’urgence. Ils répondront « oui » ou « non » à une question à tiroirs, dans laquelle le mandat présidentiel côtoiera la préférence nationale.

Lors d’une campagne éclair, Emmanuel Macron mobilisera son talent d'acteur pour faire gagner le « oui ». Il en fera un enjeu personnel. Il se réjouira qu'après la retraite, l'immigration, l'affaire Depardieu, une nouvelle saga maintienne le corps électoral à vif. Et comme jusqu’ici les Français l’ont toujours adoubé, le président parie qu'il remportera la mise au nom de l’adage : « jamais deux sans trois ».

Et si par accident les Français répondent « non » au référendum dans un mouvement d’humeur, alors Emmanuel Macron n’imitera pas Charles De Gaulle : en 2024, Emmanuel Macron gardera le manche avec le plaisir d’avoir tenté le tout pour le tout. Car l’homme - aujourd’hui âgé de 46 ans, ce qui est jeune pour un élu - admet qu'il peut perdre un jour pour gagner plus tard. En agissant ainsi, Macron démontre qu'il a la mentalité du joueur de poker.

Une France virile

Comme ni la gauche, ni la droite, ni les écologistes, ni l’extrême-droite ne sont en mesure d’organiser la riposte en peu de temps, alors le « oui » devrait l'emporter. Emmanuel Macron pourra s’appuyer sur une légitimité toute neuve pour booster ses réformes : une France travailleuse, une France patriote, une France virile, une France morale, bref une France qui renoue avec ses traditions. Au fond, la « révolution » promise par Macron en 2017 était un dérapage contrôlé. But de la manœuvre : que les Françaises et les Français fassent demi-tour, puis marchent droit vers la royauté. En mars 2027, la France dira « oui » ou « non » à un modèle de société qui fait la synthèse entre Le Pen et Zemmour : une France laïque face à l’islam, mais chrétienne par tradition. Une France conservatrice, identitaire, capitaliste, bosseuse, nationaliste, sécuritaire. Une France qui dresse un « bouclier » à ses frontières.

Bref, une France de droite.

Il ne reste plus que quelques jours pour savoir si un Canard enchanté a eu la bonne intuition !

Selena Canard     

* Mise à jour du 3 mars 2024 : finalement, il n'y a eu aucune « initiative républicaine » depuis la publication de cette chronique. Un Canard enchanté reste sur sa faim. Emmanuel Macron se serait-il autocensuré ? Cela dit, son deuxième mandat n'est pas encore terminé...

Le président de la République
et le référendum :


Dans quels cas un président de la République peut-il organiser un référendum ? Le site vie-publique.fr répond.

À son tour, le Conseil constitutionnel répond à la même question.

Les vœux d’Emmanuel Macron, le 31 décembre 2023, portent en filigrane son projet de référendum. « Fierté française » et « réarmer la nation » préparent les esprits à l'événement. Résumé des vœux du président : Dans ses vœux aux Français, Emmanuel Macron affiche sa « détermination » à « réarmer la nation ». Article de Claire Gatinois dans Le Monde du 1er janvier 2024.

* Image d'illustration : Dall.e2