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TER Occitanie : Carole Delga nous transporte

TER Occitanie : Carole Delga nous transporte

...de joie ou en enfer ? Réponse à la fin d'une chronique dédiée aux TER LiO Occitanie. À lire dans le train ?

Sans permis ni voiture, Clotilde veut rejoindre Rodez de toute urgence : son grand-père est mourant. Bordeaux-Toulouse en Intercités pas de problème, mais SNCF-Connect refuse de lui vendre un Toulouse-Rodez : tous les TER affichent complets. Car le premier week-end du mois en Occitanie, Carole Delga met le voyage à 1 €. Face à un afflux d'achats en ligne, SNCF bloque les ventes. Clotilde verra son grand-père, mais lundi matin, à la chambre mortuaire.

Des mésaventures comme celle-ci, il y en a à la pelle en Région Occitanie. Car sa présidente Carole Delga a tranché : de Auch à Nîmes, les voyages seront chers et gratuits en même temps. Depuis trois ans notre sorcière bien-aimée remplit puis vide les trains à la vitesse de la lumière. D’où un début de panique à la SNCF : un train, ce n’est pas un élastique qui embarque 60 puis 600 voyageurs avec une baguette magique. Sur le quai son directeur régional Gaël Barbier ne dit mot : désormais SNCF est un prestataire comme un autre, Carole Delga une cliente à choyer.

Mais bon nombre d'Occitans chuchotent : Madame la présidente, quelle mouche vous a piquée ?

Stop and go ferroviaire

Tout commence en août 2023 : Carole Delga supprime la carte LibertiO. Pour 20 € par an les usagers du TER avaient une réduction de 30 % en semaine, de 50 % le week-end et aux vacances scolaires. Dans la foulée la présidente offre des petits prix. Le premier week-end du mois, c’est 1 € pour tout le monde. Sur une sélection de trains en période creuse, ce sera un forfait de 3, 5 ou 10 €. Sur quelques petites lignes peu fréquentées, ce sera 1 ou 3 €. Enfin les jeunes sont choyés : à moins de 26 ans, on voyage gratuitement.

Résultat : les trains sont soit vides soit bondés, au fil des coups d’une présidente qui en profite au passage pour augmenter le plein tarif : 15 % en moyenne en trois ans.

Encore plus retors : Carole Delga invente Flex, un dispositif basé sur l’addiction au train. Le premier voyage s’effectue au plein tarif. Puis la réduction enfle au fil des voyages pour toucher un plafond de dépense fixé à 97 € par mois. Le tout se gère sur une application appelée Fairtiq : pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

Les riches, les jeunes

Et c’est ainsi qu’en septembre 2025 Carole Delga devient la présidente des riches et des jeunes en même temps. Des riches car ils déboursent 103,80 € pour faire un aller et retour entre Rodez et Tarbes. Des jeunes car avec 0 ou 1 € ils parcourent l’Occitanie à volonté. Quant à la carte LibertiO elle est partie aux archives, laissant des milliers d’Occitans sur le quai : les classes moyennes et populaires qui ont besoin d’une réduction pour voyager.

Au même instant Carole Delga parade : elle rouvre la ligne Montréjeau-Luchon dans les Pyrénées.

Zoomons un instant sur la voie ferrée qui, depuis fin juin 2025, relie Luchon à Montréjeau en 35 minutes. Il s’agit d’une voie unique où, faute de voies d’évitement, aucun train ne peut se croiser. Dès lors un TER en retard bloque le suivant, et ainsi de suite jusqu’à la fin de la journée. En outre une seule rame effectue la navette entre les deux villes, sauf aux heures de pointe du matin et du soir. Enfin et surtout, les TER crachent de la fumée : la faute à un bon vieux moteur diesel. À l’avenir Carole Delga parie sur l’hydrogène, mais la technologie a des ratés. Le tout a coûté 67 millions d’euros : somme que les contribuables occitans ont réglée à travers leurs impôts.

Dans la foulée Carole Delga veut rouvrir Alès-Bessèges, Limoux-Quillan, Rodez-Millau. Mais cette fois ça coince : aux Régions, l’État exige de la sobriété. Surtout quand il faut économiser 110 milliards d’euros en trois ans pour freiner un pays qui se dope à l’endettement. Résultat : trois projets sont remis aux calendes grecques. Sauf peut-être Alès-Bessèges pour qui Carole Delga a fixé une nouvelle échéance : 2028.

Communisme pour les riches

Et voilà comment on peut voyager très cher sur une ligne toute neuve, comme on peut voyager pour 1 € entre deux métropoles occitanes. Le tout dans une cacophonie tarifaire que Carole Delga orchestre avec maestria. Au premier rang, son adjoint Jean-Luc Gibelin affirme que grâce aux billets à 1 €, les trains de la Région Occitanie battent des records de fréquentation. C’est vrai : entre 2019 et 2024 il y a eu 68 % de voyageurs en plus. Ainsi la Région Occitanie se rapproche des 100 000 voyageurs par jour en TER. Mais les autres Régions de France font aussi bien : de Bayonne à Dunkerque, prendre sa voiture est devenu si cher que ceux qui le peuvent montent dans le train.

Mais écoutons Jean-Luc Gibelin, mardi 5 août 2025, au micro de France Bleu : « Avec la baisse des tarifs, nous avons une augmentation très forte de la fréquentation (…). Augmenter le prix des billets pour faire plus de recettes c'est contre-productif, et ça n'encourage pas la transition écologique. Au contraire il faut attirer les usagers et c'est ce que nous faisons avec ce choix politique ». Ainsi un élu communiste réussit un exploit : faire croire que voyager en TER occitan est accessible à tous. En réalité et depuis fin 2023 l’Occitanie est devenue la région plus chère de France, comme le démontre notre étude comparative. Un communiste crée le TER le plus cher mais affirme le contraire : voilà qui titillera peut-être l’électeur qui sommeille en chaque usager.

Lequel sortira peut-être sa calculette : de Toulouse à Rodez, faut-il transporter 300 voyageurs opportunistes qui profitent d’un ticket à 1 €, ou 100 voyageurs occasionnels qui ont acheté leur aller simple 30,30 € (1) ? Dans le premier cas, la recette s’élève à 300 €. Dans le second cas, elle s’élève à 3 030 € (2). Au 31 décembre et sur le réseau TER occitan, la région aura perdu des millions d’euros. Qu’en pense le président de la commission chargée des finances ?

Or Stéphane Berard piaffe sur le quai : quelque part autour de Toulouse, un TER est supprimé. Pénurie de conducteurs, panne signalisation ou de passage à niveau, manque de rames en bon état : en Occitanie SNCF fait profil bas.

The train moi non plus

Au bout du voyage, Carole Delga nous transporte-t-elle de joie ou en enfer ? Quand LiO déchante, que les prix valsent, que les trains calent, que les correspondances sautent, que les lignes rouvrent mais ne rouvrent pas, alors le chaos guette un réseau où des dizaines d’usagers restent chaque jour à quai, trains et autocars bondés. En 2025, The train moi non plus est le slogan qui colle à la présidente. Laquelle ignore les courriers des citoyennes et des citoyens : plusieurs Canards enchantés en ont fait l’expérience. Delga, ou le mépris à 1 € ? Peu après une voyageuse passe seule la nuit place de la gare à Rodez : correspondance entre trains et autocars LiO non assurée.

En 2027 et en cas d’alternance, Carole Delga sera-t-elle ministre des transports ou des finances ? À moins que le futur Premier ministre ne consulte son bilan, puis ne lui offre le portefeuille des anciens combattants.

(1) Et même 15,15 € ou 21,20 €, si la carte de réduction LibertiO existait encore en Occitanie.

(2) Autre calcul : en moyenne, les usagers du TER paient 30 % du coût réel d'un billet de train. Les 70 % restants sont apportés par la Région qui rémunère SNCF pour sa prestation. Mais si le billet passe à 1 €, alors la part de l'usager passe à 3 % même si le train est bondé. D'où une perte de recettes de plusieurs dizaines de millions d'euros. La recette aurait pu servir à améliorer le service, par exemple en achetant des rames supplémentaires et en recrutant des conducteurs.

David Canard     

Carole Delga offre 2 milliards à l’État :
14,3 milliards d’euros : c’est le montant du devis pour construire une LGV de Bordeaux à Toulouse, soit environ 200 km de voie ferrée.
Sur ces 14,3 milliards, Carole Delga et sa majorité se sont engagés à hauteur de 1,27 milliards d’euros, soit 8,9 % du devis.
Or le devis de 14,3 milliards ne tient pas compte des imprévus. Et toutes les grandes infrastructures finissent par déraper. Ainsi le prix total de la LGV Bordeaux-Toulouse taquinera les 20 milliards d’euros en 2032, année où la ligne devrait ouvrir au public.
Face à l’inflation des coûts, la Région Occitanie devra voter une rallonge budgétaire d’environ 700 millions d’euros d’ici 2030 si elle veut que la LGV rejoigne Toulouse.
Or une LGV est une infrastructure de l’État. Et tandis que l’État se fait tirer l'oreille pour rénover les lignes TER, Carole Delga vient au secours de l’État pour boucler le financement d’une LGV. Ça c’est de la négociation !
Avec un budget occitan d'environ 2 milliards d’euros fléché sur la LGV, Carole Delga met sans doute une croix sur le chantier des lignes TER Rodez-Millau et Limoux-Quillan. Elle obère l’avenir d’autres lignes TER en mauvais état telles que Béziers-Millau et autour de Mende. Elle retarde l’achat de nouveaux trains.
Si Carole Delga se représente à la tête de la Région Occitanie en 2028, qui ira lui serrer la main ?
En 2033, tandis que cadres et professions libérales mettront 3 heures pour relier Paris-Montparnasse à Toulouse-Matabiau, le petit peuple risque de se serrer comme des sardines dans des wagons à bestiaux.
En 2025, la gauche caviar n’a pas dit son dernier mot.


Glossaire des TER en Occitanie :

LiO : liaisons interurbaines en Occitanie. À Toulouse Carole Delga refuse de parler des TER, elle ne voit que des trains et des autocars LiO. LiO est aussi une application pour voyager en autocar en Occitanie. Selon un sondage de la Fédération nationale des usagers des transports (FNAUT) publié en janvier 2026, moins de 10 % des Français connaissent la marque LiO. Que donnerait un sondage réalisé en Occitanie ? Sans doute guère mieux. Tout le monde ou presque parle encore de TER, sigle commun aux 13 régions métropolitaines.

Flex : nom du dispositif qui permet de voyager en Occitanie selon le principe suivant : plus on voyage, moins c’est cher.

Fairtiq : nom de l’application à télécharger pour adhérer au dispositif Flex.

LibertiO : nom de la carte de réduction qui permettait, jusqu’en août 2023, de voyager avec 30 ou 50 % de réduction sur les TER occitans.

Fairtiq et Delga : un mystère plane
Mais qu’est-ce que la présidente de la Région Occitanie est allée faire dans cette galère ? Voilà la question que les Occitans se posent depuis que Carole Delga a remis les clés des billets adultes à tarif réduit TER-LiO à l’entreprise suisse Fairtiq, spécialiste de la billetterie dans les transports publics.
D’autant qu’aucun chiffre n’est divulgué, par exemple le nombre d’Occitans qui ont téléchargé l’application Fairtiq depuis deux ans.
Et comme le secret des affaires rend inaccessible un contrat entre une entreprise privée suisse (Berne) et une collectivité locale française (Toulouse), il faudra attendre que les archives de la Région s’ouvrent aux historiens pour découvrir le pot aux roses.
En attendant, osons une hypothèse.
Comme beaucoup de start-up, Fairtiq a un discours marketing bien rodé. Il se résume peut-être ainsi : la tarification Flex de Fairtiq s’adresse aux jeunes actifs et connectés qui, tout en prenant souvent le train dans la région, veulent plafonner leur budget. D’où le principe d’un tarif dégressif au fil des voyages, jusqu’à un prix maximum fixé en 2025 à 97 € par mois.
Mais quand est venu le jour de signer le contrat, Fairtiq a dû assurer ses arrières. D’une part, elle a sans doute exigé que la Région supprime la carte de réduction LibertiO, sous peine d’une concurrence entre deux formules. D’autre part, elle a ferré Carole Delga avec un engagement sur plusieurs années.
D’où le silence de la présidente de la Région Occitanie, dès qu’une personne lui serre la main puis l’interroge sur ce dispositif aussi tordu que compliqué.
Mais dans le sillage de Carole Delga, ce sont les Occitans qui sont piégés : celles et ceux qui voyagent une fois par mois pour rendre visite à la famille et aux amis. Car les voyageurs occasionnels sont les grands perdants du dispositif : pour eux, Flex n’a aucun intérêt. À chaque voyage, il faut acheter un billet aller et retour au plein tarif.
Or les amours entre collectivités locales et start-up « finissent mal en général », pour paraphraser une chanson des Rita Mitsouko. Exemple : les transports de Bordeaux métropole et la start-up Myzee qui a mis au point l’application Witick. Presque deux ans après la rupture entre les deux parties, le litige se poursuit dans les tribunaux.
Par ailleurs, les applications de transport sont de vrais nids d’espions : les données personnelles et sensibles y sont aspirées, sans garde-fou pour les encadrer.
Ainsi Carole Delga a commis une triple faute : déléguer une partie de la billetterie TER-LiO à une entreprise suisse ; compliquer la vie des voyageurs occitans ; participer à la foire aux données.
Lors de la campagne électorale en vue des élections régionales 2028, il est possible que la billetterie Fairtiq s’affiche au bêtisier de sa mandature.
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Liens utiles :


Trains TER : les offres de l’été, comparatif entre les régions Nouvelle Aquitaine et Occitanie. France-Bleu du 5 août 2025.

Accès au site TER Occitanie : le réseau, les tarifs, acheter un billet.

Le 24 avril 2024 le Canard enchanté a publié une chronique après la suppression de la carte LibertiO, à lire ou à relire ici.